Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Doris Day est morte à 97 ans. Elle a été une star. Mais elle n'a rien d'un mythe hollywoodien

L'actrice et chanteuse a connu un énorme succès dans les années 1950 et 1960. Elle incarnait l'Américaine saine et positive. Le contraire d'elle-même...

Doris dans ses années de comédies aseptisées.

Crédits: DR

Groucho Marx avait eu sur elle un mot cruel. «Je l'ai connue avant qu'elle ne devienne vierge.» Le comique visait pourtant juste. Morte le 13 mai à 97 ans, Doris Day avait obtenu de bons rôles à Hollywood avant de jouer dans des comédies toujours plus aseptisées, à la fois convenables et convenues. Il ne faut jamais connaître un triomphe avec un navet. «Confidences su l'oreiller» de Michael Gordon, qui battit des records de recettes aux Etats-Unis en 1959, voua cette blonde au physique un peu trop sain à incarner des trentenaires, puis des quadragénaires nunuches en quête du grand amour. La série s'interrompit brutalement en 1967. Le monde avait d'un coup changé.

Doris Kappelhoff était née à Cincinnati en 1924. Ses ambitions de danseuse se virent anéanties par un grave accident en 1938. Elle se mit alors en tête de devenir chanteuse. L'adolescente avait une jolie voix, qu'elle sut travailler avec acharnement. Elle aurait pu finir au micro d'un orchestre de jazz propret, comme il en existait encore beaucoup à l'époque. La Mecque du cinéma la repêcha bien vite. Premier film en 1948. A la Warner, hélas pour elle. La firme des grands films noirs ne produisait aucune comédie musicale luxueuse, comme la MGM. Elle réussit néanmoins à caser Doris dans des titres dramatiques, où elle pouvait aussi chanter. Mais pas forcément. Dans «Storm Warning» (1951) de Stuart Heisler, Doris incarne une femme du Sud des USA terrorisée par le Ku-Klux-Klan.

D'excellents films à la Warner

Deux excellents mélos de Michael Curtiz, le meilleur réalisateur-maison avec Raoul Walsh, feront cependant beaucoup pour elle. Dans «Young Man With a Horn» (1950) elle tente d'interrompre la descente aux enfers du trompettiste Kirk Douglas. «I'll See You in My Dreams» (1951) raconte de manière apparemment de manière classique la vie d'un couple d'auteurs de chansons, l'un parolier, l'autre musicien. Mais leur existence commune devient toujours plus difficile, à force de malentendus et d'ambitions divergentes. Martin Scorsese a avoué plus tard que c'est la source d'inspiration de son chef-d’œuvre «New York, New York». Doris tourne enfin pour la MGM «Love Me or Leave Me» en 1954 et pour la Paramount en 1955 le «remake» par Hitchcock de «L'homme qui en savait trop». Le seul titre dont parle aujourd'hui les nécrologues de Doris (1) . Sir Alfred a pourtant fait mieux. Beaucoup mieux.

Doris Day dans "Young Man with a Horn" (1950) de Michael Curtiz avec Kirk Douglas. Photo DR.

La suite voit donc composée de longs-métrages signés par les réalisateurs les plus routiniers de Hollywood. Il s'agissait de séduire le public des familles, d'ordinaire vissé devant sa télévision. Les «Inrocks» parlent d'ailleurs aujourd'hui de «fée du foyer», ce qui me semble à la fois juste et faux. Doris ne travaillera que tard et peu pour ce que le général de Gaulle appelait à l'époque «les étranges lucarnes». Il se faisait juste que l'American Way of Life gardait alors son côté lisse et tranquille, du moins en apparence. Les premiers vrais craquements marqueront du reste, comme je vous l'ai dit, la fin de la carrière cinématographique de l'actrice.

Une biographie dévastatrice

Ce n'était pas non plus l'entrée dans un tunnel! Doris va continuer à enregistrer avec succès. Elle finira pas avoir à son actif 650 titres, ce qui n'est pas rien. Sa vie privée était apparemment devenue plus calme. Comme Lana Turner, elle avait un faible pour les hommes violents, dont un la dépouilla financièrement. Il faut dire qu'il était en même temps son agent. On en a eu confirmation en 2008 lors de la parution d'une biographie dévastatrice. L'image de l'Américaine parfaite y devenait celle d'une créature faible et dépressive, incapable de s'occuper de son fils. Faut-il y avoir là une raison? Doris a fini ses jours en s'occupant du sort des animaux, un peu comme Brigitte Bardot en France. Ses fans l'avaient oubliée. En dépit de ses triomphes commerciaux, Miss Day ne fait pas hélas partie des figures mythiques de l'histoire de Hollywood.

(1) Quand ils ne contentent pas de parler de "Que sera sera". La chanson du film. "Un tube planétaire"...

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