Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Dix ans après le séisme, l'Aquila est (presque) renée de ses cendres dans les Abruzzes

Le 6 avril 2009, c'était la catastrophe. Il a fallu des années pour établir un plan de reconstruction. Il reste encore beaucoup à faire, mais il y a déjà de magnifiques résultats.

La façade restituée de San Bernardino.

Crédits: World Monument Fund

La ville était candidate pour devenir l'une des capitales européenne de la culture de 2019. C'est Matera qui l'a emporté, avec Plovdiv en Bulgarie. Il est permis de le regretter. La cité des «sassi» forme déjà une destination touristique cotée. Choisir L'Aquila aurait de plus constitué un «geste fort», comme aiment à le dire les politiciens actuels. C'eut été la reconnaissance d'une difficile renaissance. On se souvient du séisme qui a ravagé cette localité des Abruzzes le 6 avril 2009. Trois cents morts et d'énormes dégâts. Une catastrophe prévisible pour certains. Six ans de prison ont en tout cas été requis contre des sismologues en 2012. Ils ont fini par être acquittés en 2014, après recours. Nous sommes au pays du pape et des absolutions.

On se souvient encore de la photo montrant Silvio Berlusconi, qui dirigeait alors le pays entre deux nuits «bonga-bonga», et Barack Obama se promenant parmi les ruines. Une image tsymbolique. Les habitants ont ensuite été relogés dans des maisons de fortune construites dans les environs. Les choses se passent toujours mal en Italie après un tremblement de terre, alors que les hommes d'Etat devraient en avoir l'habitude. Pensez à Assise! Rappelez-vous plus près de nos Matrice et Norcia! Toujours la même pagaille. Toujours la même incurie. En 2012 L'Aquila demeurait ainsi dans son centre historique, dont le 70 pour-cent des bâtiments possède selon les experts une valeur patrimoniale, un champ de gravats. Une ville fantôme. Désertée. Il fallait un projet de reconstruction pour toutes ces églises, ces palais et ces maisons privées.

Miracle tardif

Et puis le miracle a, ô combien tardivement, commencé. Un plan a été établi. Une surintendance spéciale pour L'Aquila a été créée, dirigée par l'architecte Alessandra Vittorini. Le chantiers d'art ont pu débuter en 2013. Il s'agissait de redonner au cœur de la cité le caractère reçu après les terribles séismes de 1703 et de 1706. Tout a cette fois été bien programmé. Les restaurations ont pu se dérouler selon le schéma prévu, et ce d'une manière parfaite. Des difficultés au départ insurmontables ont bel et bien été surmontées. Il s'agissait à la fois de reconstituer l'aspect ancien et d'utiliser de nouveaux procédé antisismiques. Il reste bien sûr beaucoup à faire. L'intérieur de la cathédrale, par exemple. Ou Santa Maria in Paganica, qui avait perdu son toit. Sur les 350 bâtiments prioritaires, 240 ont cependant déjà subi des interventions. Le Museo Nazionale dell'Abruzzo, ou MuNDA, a pu rouvrir en 2015. Une réussite, si j'en crois les photos montrant les œuvres sauvées dans une présentation moderne. Le MAXXI, ou musée d'art contemporain de Rome, devrait pour sa part installer un antenne dans le Palazzo Arghindelli du XVIIIe siècle rénové.

Obama et Berlusconi dans les ruines de L'Aquila en 2009. Photo AFP

Une nomination comme capitale culturelle aurait du coup fait du bien, et ce d'autant plus que le plan quinquennal pour réhabiliter L'Aquila se termine fin 2019, ouvrant des incertitudes sur le futur. Il pourrait ne plus avoir de surintendance spéciale, ce qui fait peur aux gens du patrimoine. L'Aquila n'en accomplit pas moins cette année un effort particulier. La presse a été invitée à voir les chantiers terminés. Ils vont de la Fontaine aux Cent Têtes (réalisée entre 1200 et 1871) à Santa Maria del Suffraggio, qui a retrouvé sa coupole. Les échos se sont montrés particulièrement favorables pour la façade de San Bernardino ou l'entrée de la basilique de Collemaggio, située au bout d'un grand pré. Il a aussi fallu s'intéresser aux apports mussoliniens, le Duce ayant voulu laisser sa marque partout. La chose ne pose Dieu merci pas de problèmes politiques en Italie. La fontaine lumineuse de 1934, imaginée par Nicola D'Antino, se retrouve à nouveau prise ente deux édifices rationalistes, autrement dit inspirés par le Bauhaus. J'ai vu cela, faute d'y être hélas allé, dans la presse transalpine. Il ne manquait plus que le fameux geste architectural contemporain. Dû à Renzo Piano, il s'agit d'un auditorium, terminé dans un parc dès 2012. Une suite de cubes multicolores.

L'auditorium de Renzo Piano. Photo Studio Piano.

Espoir touristique

L'Aquila compte du coup beaucoup sur le tourisme, qu'on lui souhaite culturel, et non de masse. Une partie du programme prévu "au cas où" a été maintenu, après la nomination de Matera comme capitale. Il y a là de tout, construit sur un budget confortable pour l'Italie, c'est à dire avec dix fois moins d'argent qu'à Genève. Je vous cite juste les expositions.. Elles se situent au MuNDA. Jusqu'au 26 mai, il y a quelque chose autour des saint Sébastien, de la Renaissance à Gabriele d'Annunzio. Du 30 mai au 21 juillet, «Ballo d'amore» parlera de la danse, aussi bien aristocratique que populaire. «La madre generosa» traitera du 2 juillet au 29 septembre le thème de la Vierge allaitant. «La musica degli angeli» parlera musique sacrée ancienne du 2 octobre au 1er décembre. «Senza polvere» amènera enfin du 6 décembre au 2 mars 2020 les œuvres fraîchement restaurées du musée. Il s'agit de celles des réserves du MuNDA. Autant dire des choses que personne, ou presque, n'a jamais vues. Un joli programme pour une petite ville meurtrie, non?

Le MuNDA, ou nouveau musée de L'Aquila, inauguré en 2015. Photo DR.

Pratique

MuNDA, via Tancredi de Pentima, en face de la fontaine des 99 Cannelle, L'Aquila. Tél. 0039 0862 28 420, site www.musei.abruzzo.beniculturali.it

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