Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

"Dieux" à Palexpo. Le concept expliqué par Isabelle Graesslé

L'exposition actuelle ravive la flamme d'une série initiée à Bruxelles en 2005. Au fil du temps, il est devenu plus difficile de mettre les religions à plat, même dans le monde chrétien.

L'entrée dans le vif du sujet.

Crédits: tribune de Genève.

On l'a connue modérant des pasteurs et dirigeant à Genève le Musée international de la Réforme, ou MIR. Redevenue aujourd'hui pasteur (ou pasteure) dans le canton de Vaud, Isabelle Graesslé est derrière «Dieux, Mode d'emploi», dont vous trouverez un compte-rendu une case plus haut dans le déroulé de ce blog. C'est l'occasion de lui poser certaines questions sur cette manifestation dont je me souviens d'avoir vu une somptueuse version au Petit Palais de Paris, en 2013.

Isabelle Graesslé, d'où sort le projet?
Il est né d'une rencontre entre l'historien Elie Barnavi et Tempora, une entreprise belge qui se charge de matérialiser des expositions. Le président de cette dernière, Benoît Remiche, met en liens les historiens avec de conservateurs, des scénographes, et des chercheurs selon les mandats qui lui ont été confiés. Il participe aussi à des appels d'offres.

Quand «Dieux» a-t-il ainsi commencé sa trajectoire?
La première étape a eu lieu en 2005. C'était à Bruxelles dans un contexte de laïcité aiguë. Une laïcité à la française, un peu anti-religieuse. Barnavi a formé un premier comité. Celui-ci a voulu organiser une exposition qui ne soit ni historique, ni théologique, mais disant le plus simplement possible comment les gens vivent leur foi dans le monde.

L'exposition comporte des panneaux explicatifs. Photo Keystone.

Et ensuite?
Après, il y a eu Madrid. Varsovie. Ottawa. Paris en 2013. A chaque fois, il a fallu adapter le concept et le choix de objets montrés. Il y a eu une longue pause après le Petit Palais. Genève constitue une résurgence après six ans d'interruption.

Que reste-t-il à Palexpo des versions antérieures?
Tempora bénéficie d'une excellente équipe technique, mais le but était ici de travailler avec des Genevois. Nous avons repris certains objets montrés ailleurs. Il y en a cependant un tiers de nouveaux, dont des prêts muséaux. Tempora nous a aidé à les obtenir. Je dirais qu'il y a un tiers de nouveautés sur les 230 pièces présentées à Palexpo.

Le thème pose-t-il des difficultés aujourd'hui?
Nous voulons montrer comment les gens vivent leurs croyances, au sens le plus large. C'est une approche quasi anthropologique. Je dois dire que, même dans le monde chrétien, ce n'est plus si facile que ça de le faire. Un collège évangéliste m'a dit être choqué.

La mise à plat dérange.
Elle a pourtant débuté dès le XVIIIe siècle, avec une encyclopédie parue en Hollande, pays tolérant. Pendant longtemps, on est parvenu à mettre tout le monde d'accord. Maintenant, la machine s'est crispée dans un monde qui se complique. En Europe, la religion fait traditionnellement partie du privé. Les idéologies se sont sécularisées. La pratique s'est effondrée. Et d'un coup, notre continent se retrouve confronté sur son propre sol à d'autres croyances où le religieux ne peut en aucun cas se dissocier du quotidien. Avec les violences que cela suppose.

Isabelle Graesslé. Photo DR.

Comment vous être-vous mise, Isabelle Graesslé, à la tête d'un tel projet?
J'avais rencontré Elie Barnavi il y a longtemps. Il m'avait suggéré de créer une nouvelle version de «Dieux» pour le Musée international de la Réforme. Je lui avais répondu que le bâtiment était bien trop petit. Le projet a donc repris après des années. D'une manière officielle. L'ancien Conseil d'Etat a décidé qu'il fallait organiser une mouture à Genève. Sur un grand pied. L'actuel a voulu qu'une association se fonde afin de mener l'idée à terme. Il lui semble bon d’enseigner aux élèves actuels, d'origines très diverses, non plus les religions mais le fait religieux. «Dieux» se contente d'expliquer. Une table, par exemple, met en présence quatre convives. Comment s'en tirer avec les interdits alimentaires, certaines religions n'en ayant pas? La chose est ici présentée comme un jeu. Mon travail a été d'adapter le propos à la Suisse romande.

Combien comptez-vous de temps pour tout voir?
Je dirais deux heures, avec la pièce de théâtre qui permet d'aborder à chaud certaines questions. Il y a beaucoup à voir. Un peu à lire. Une ou deux choses à entendre. Mélanie Chappuis nous raconte ainsi un baptême.

Pour les indications pratiques, montez d'une case dans le déroulé. Elles figurent sous le compte-rendu de «Dieux».


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