Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Deux voleurs ont dévalisé le "Grünes Gewölbe" de Dresde

Lundi 25 novembre trois parures historiques en diamants et rubis ont ainsi disparu. L'affaire bouleverse la Saxe. Ceci d'autant plus que les gardiens ne sont pas intervenus.

Une salle historique, telle qu'elle a été reconstituée.

Crédits: DR

C'est toujours la même histoire. Des voleurs ont réussi à pénétrer lundi 25 novembre à l'aube dans le «Grünes Gewölbe» de Dresde. Ils avaient auparavant détruit un transformateur par le feu pour anéantir ses alarmes, plongeant du même coup les rues adjacentes dans l'obscurité. Les deux voleurs sont repartis avec trois parures historiques en diamants et rubis. Le préjudice est estimé par «Bild», le journal allemand qui ne fait pas dans la dentelle (sauf s'il s'agit de sous-vêtements!), a estimé à la louche le préjudice à un milliard d'euros. Mais les joyaux n'étaient pas assurés.

Tout le monde est dévasté et pour tout dire un peu caqueux, que ce soit sur le plan du «Land» ou de l'Etat central. Une caméra de surveillance avait continué de fonctionner. L'équipe du musée n'est pas intervenue. Le processus fixé par le musée veut en effet qu'elle ne doit rien faire, mais appeler la police. Avec les pertes de temps que cela suppose. Les malfrats ont eu toute latitude de disparaître avant l'arrivée des gendarmes.

Un trésor reconstruit

Pour la Saxe, c'est un coup dur. Réuni depuis le XVIe siècles par ses électeurs, puis ses rois, le trésor comprenant quelque 4000 pièces demeure légendaire. Il a du reste été confisqué par les Russes, qui ne l'ont rendu à la République démocratique allemande (RDA) qu'en 1958. La «voûte verte» restait alors pire qu'une ruine. Le bâtiment avait été anéanti comme presque toute la ville par le raid aillé insensé de février 1945, qui avait fait à part ça fait des dizaines de milliers de morts civils. La reconstruction s'est pour l'essentiel effectuée après la réunion de 1990. Une réfection clinquante, même si elle se voulait fidèle à l'origina (1). Si les Italiens vous refont un monument avec tact et goût, les Allemands ne sont pas plus doués maintenant pour la reconstitution que dans les années 1950.

Si j'ai commencé par «c'est toujours la même histoire», c'est parce que ce genre d'affaires revient souvent. Un peu comme les incendies au moment des travaux de restauration. Il y a eu le vol d'une tabatière historique portugaise lors d'une exposition à Rome sur les diamants (je ne suis pas parvenu à retrouver les données). Le cambriolage de la «salière» de Benvenuto Cellini au Kunsthistorisches Museum de Vienne (retrouvée). Celui d'un reliquaire de saint Antoine à Padoue (retrouvé lui aussi). L'épée de Charles X a disparu il y a bien longtemps d'une vitrine du Louvre (elle court toujours dans la nature).  J'en passe et des meilleures. La liste deviendrait trop longue. Ici, la police craint cependant que les diamants ne se voient retaillés pour être si j'ose dire blanchis. Les bijoux sont en effet invendables comme tels. Trop connus. Il peut également y avoir un chantage à la restitution.

Cela dit, pourquoi ne met-on pas des copies à la place ds originaux? Le public n'y verrait que du feu. Et avouez que les musées se simplifieraient ainsi la vie...

(1) La "Voûte verte" a rouvert ses porte en 2006.

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