Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Deux tomes et 1008 pages pour réunir la peinture méticuleuse de Louis-Léopold Boilly

Pascal Zuber et Etienne Bréton ont passé vingt-huit ans à traquer les innombrables oeuvres de ce chroniqueur de la société parisienne entre Louis XVI et Louis-Philippe.

"L'averse" peint sous le Premier Empire. Notez les parapluies. C'est sans doute la première fois qu'ils apparaissaient dans un tableau.

Crédits: DR

Il y a livre d'art et livre d'art. La plupart du temps, il s'agit de somptueux albums sur des thèmes connus. Vu le prix de revient, en tenant compte notamment des illustrations et des droits qu'elles supposent, les producteurs d'ouvrages imprimés tendent à limiter les risques. Comme pour les expositions, le public reste très conformiste. Un brin frileux. En 1977 s'est donc créé en France Arthéna. Le but était de «répondre à la difficulté chronique de trouver des éditeurs.» Soutenue par les institutions muséales ou universitaires, pourvue d'un comité scientifique international impressionnant, la petite maison est parvenue à sortir une soixante d'ouvrages de plus en plus luxueux. Au publications en noir et blanc assez minces des débuts ont succédé des pavés pour bonne part en couleurs. Parfois très épais (1).

Le dernier en date bat tous les records. Le «Boilly» d'Etienne Bréton et Pascal Zuber comprend deux volumes sous coffret. Mille huit pages en tout. Avec 2781 illustrations. Contrairement à l'habitude, il y a deux auteurs, plus des contributeurs extérieurs livrant chacun un essai. Voilà qui fait en tout sept signatures. Il fallait bien cela pour raconter «Le peintre de la société parisienne de Louis XVI à Louis-Philippe». Né en 1761 à La Bassée, près de Lille, le peintre a vécu jusqu'en 1845, s'adaptant à toutes les époques d'une France passant dans la douleur d'un régime à l'autre. En plus de six décennies, il a énormément produit. Il y a bien sûr les scènes de genre montrant un jeu de billard comme la pluie à Paris. La présentation du «Sacre» de David au Salon aussi bien que l'atelier du sculpteur Houdon. Boilly était non seulement un artiste, mais un chroniqueur. On l'a bien vu dans la belle exposition que le musée de Lille a organisé en 2011.

Petits portraits

Il n'y a cependant pas que cela. Louis-Léopold Boilly a aussi exécuté des centaines de petits portraits, au format identique, réalisés en une seule séance. Les amateurs peuvent ainsi en découvrir aujourd'hui un mur entier dans le cabinet d'Etienne Bréton, rue Saint-Honoré. Avec presque autant de femmes que d'hommes, alors que les effigies masculines dominent largement cette production alimentaire. Notons que l'artiste se donnait quand même beaucoup de peine. On y reconnaît le faire méticuleux, un peu porcelainé, de sa peinture où les coups de pinceaux se fondent jusqu'à l'invisible.

Le mur des portraits chez Etienne Bréton. Photo Didier Rykner, La Tribune de l'art

Il a fallu des décennies avant que le livre sorte. Pour tout dire, les amateurs n'y croyaient plus. Il y a comme cela trop d'ouvrages longtemps annoncés qui ne voient jamais le jour. Leurs auteurs sont trop absorbés par d'autre tâches. Ou il s'agit de procastinateurs. Demain, demain, demain... Ici, le tandem pouvait paraître improbable. Bien que tous deux experts en tableaux anciens, Pascal Zuber et Etienne Bréton se ressemblent peu. Le premier reste aussi discret que le second s'affirme volontiers. Les auteurs voient cependant là une heureuse complémentarité. Chacun a fait sa partie, alors que des œuvre de Boilly (ou de quelqu'un d'autre lui ressemblant!) ne cessent de sortir sur le marché. Il a bien fallu que le tandem décide de s'arrêter un jour. Pensez que Pascal Zuber et Etienne Bréton ont passé vingt-huit ans sur l'artiste. Un homme qui a outre produit nombre des dessins, souvent gravés par la suite.

Courte exposition

Le premier volume comprend donc les essais, plus les annexes. Le second tient du catalogue raisonné, aux chiffres de superproduction hollywoodienne. Il y a là 1092 notices de peintures et dessins. 784 pour les petits portraits. 364 en ce qui concerne les estampes. Les auteurs citent enfin 613 œuvres, non retrouvées à ce jour ou perdues. Une bibliographie s'imposait. Un index encore davantage. Plus un lancement digne de ce nom. Le livre a fait l'objet de signatures, d'une conférence et d'un accrochage. Ce dernier, chez Etienne Bréton, restera hélas fort bref. Tout se verra décroché après le 18 décembre. Quinze jours aux murs en tout!

(1) La plupart des titres ont porté sur des artistes français des XVIIe et XVIIIe siècles qui n'avaient pas encore de monographie.

Pratique

«Boilly, Le peintre de la société parisienne de Louis XVI à Louis-Philippe» de Pascal Zuber et Etienne Bréton (plus d'autres contributeurs) aux Editions Arthéna, deux volumes, 1008 pages. Exposition chez Saint Honoré Art Consulting, 346, rue Saint-Honoré, deuxième étage (il y a un interphone), Paris, jusqu'au 18 décembre. Tél. 01 44 77 98 90. Ouvert du lundi au vendredi de 10h à 18h.

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