Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Deux fresques de Dürer auraient été retrouvées dans le Stefansdom de Vienne

Ces deux peintures étaient sur un mur sale caché par le kiosque aux souvenirs. Les experts croient à l'autographie de ces peintures usées, dont reste le dessin sous-jacent.

La sainte Catherine.

Crédits: Stefansdom, Vienne 2020.

Il y a quelques jours, je vous ai raconté que les Viennois avaient enfin révélé l’un des grands secrets du Stefansdom. Obtenues grâce à un trou pratiqué dans le tombeau et le cercueil de Frédéric III, mort en1493, des photos prises en 1973 prouvaient que ce dernier était bien enseveli là. Avec tous ses joyaux. La nouvelle avait été relayée par «The Art Newspaper», puis «Le Figaro».

C’est par un identique biais franco-britannique que l’on apprend aujourd’hui la trouvaille, dans la même cathédrale, d’un triptyque à la fresque. La découverte s’est effectuée alors qu’on enlevait d’un coin très poussiéreux la boutique de souvenirs. L’œuvre représente Sainte Marguerite d’Antioche et sainte Catherine d’Alexandrie (je précise, car il existe une sainte Marguerite de Cortone et une sainte Catherine de Sienne) encadrant un saintLéopold, prénom devenu typiquement habsbourgeois. Les deux œuvres latérales sont signées Dürer. Un nom qui a beaucoup servi pour des imitateurs, souvent doués, tout au long du XVIe siècle.

Il y a cependant cette fois de bonnes raisons de croire à cette illustre paternité, même si l'artiste de Nuremberg n'est pas connu pour ses réalisations murales. L’expert Erwin Pokorny soutient ainsi l’attribution. Mais pour les deux figures féminines seulement, dont le dessin sous-jacent serait d’une étonnante qualité. Le Léopold aurait été selon lui rajouté plus tard par une autre main. Une affaire à suivre, mais qui semble plus sérieuse que les nombreuse œuvres récemment données à Léonard de Vinci.

Des cas assez fréquents

Il faut dire que les découvertes de fresques dans les églises ne demeurent pas rares. Elles peuvent se trouver sous une nouvelle couche de peintures. Sous un badigeon. Ou tout simplement derrière un tableau d’autel installé plus tard avec son cadre Renaissance ou baroque. En 2015, un énorme cycle peint des années 1350, assez bien conservé, avait été mis au jour dans la cathédrale de Poitiers. Je vous l’avais signalé. En 2000, des peintures murales de Pietro Cavallini, le Giotto romain, étaient apparues fraîches comme l’œil derrière un décor postérieur installé à Santa Maria in Aracoeli. Elles sont aujourd’hui bien visibles (quand le visiteur peut accéder à cette chapelle, en tout cas). Je n’ai pas retrouvé la date des réapparitions de fresques du XVe siècle à la cathédrale de Bourges, ni de celles du Pordenone à San Giovanni Crisotomo de Venise. Et il doit y avoir quantité d’autres révélations plus mineures...

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