Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Deux des plus célèbres galeries new-yorkaises vont bientôt fermer leurs portes

Les temps changent. Fondée en 1980, Metro disparaît volontairement en plein succès. Pour Saint Etienne, c'est une histoire séculaire qui se termine.

La publicité pour Metro.

Crédits: Metro Gallery, New York 2021.

C’est la chute des feuilles, et ce à la saison où elle devraient plutôt pousser. Deux poids lourds parmi les galeries new-yorkaises ont annoncé leur clôture définitive. Il ne faut pas voir là le résultat d’une crise financière. La Bourse américaine ne s’est jamais aussi bien portée. 34 000 points au Dow Jones il y a quelques jours, on n’avait jamais vu cela. Il faut dire que pour les pessimistes, la chose sent un peu le krach à venir sous peu. Les actions étaient au plus haut en septembre 1929. Juste avant…

Tout cela pour dire que ce sont des changements dans les habitudes de la clientèle qui poussent aujourd’hui Metro et Saint Etienne à mettre la clef sous le paillasson. Fondée par Janelle Reiring (qui avait auparavant collaboré avec Leo Castelli) et Helene Weiner, Metro a incarné le renouveau il y a quarante ans. Les deux femmes avaient alors ouvert boutique à Soho, le quartier à la mode. Le succès leur est très vite venu. Le duo représentait Cindy Sherman, Roberto Longo, Richard Prince ou Sherrie Levine. Des gens qui, comme l’explique Janelle, «utilisaient des images reconnaissables, s’intéressaient aux médias et permettaient une identification facile». Le succès est venu très vite. «Nous ne l’avions pas prévu aussi fort», a récemment confessé Janelle à Tom Seymour de «The Art Newspaper». L’espace a été ensuite transféré à Chelsea, où il fallait désormais se trouver pour exister. Le triomphe ne s’est pas démenti, mais les deux femmes préfèrent fermer quand tout va bien. Ce sera en décembre. L’aventure aura duré quarante et un ans.

New York au lieu de Lucerne

C’est un espace bien plus historique qui annonce parallèlement sa mort. Saint Etienne existait au Etats-Unis depuis 1939. Il formait la suite d’une aventure commencée en 1923 à Vienne avec une exposition dédiée à un Egon Schiele, alors mort depuis à peine cinq ans. L’Anschluss a fait fuir en 1938 Otto Kallir, Juif. Il pensait ouvrir une nouvelle galerie à Lucerne, près des Rosengart, mais l’homme n’a pas obtenu de permis d’établissement en Suisse. D’où le saut à New York, où Kallir a continué jusqu’à son décès dans les années 1970 à vendre les créateurs de la Sécession viennoise. Un mouvement très peu connu hors des frontières de l’Autriche jusque vers 1980. Il aura fallu du temps, et les efforts de ses successeurs, pour que Gustav Klimt devienne l’un des artistes les plus chers du monde. Le doute plane sur le destin des archives de la maison, particulièrement importantes. Elles pourraient aller au Getty ou au Smithsonian.

Metro et Saint Etienne figuraient bien sûr parmi les piliers d’Art/Basel. Au rez-de-chaussée donc. Saint Etienne exposait du reste traditionnellement à la Messe près de l’entrée. La firme ne présentait que des Viennois, alors que les Américains se souviennent aussi de la maison comme celle ayant lancé Grand’ma Moses. Une naïve devenue centenaire en 1960, dont la renommée n’a jamais traversé l’Océan.

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