Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Dessins italiens. La Fondation Custodia présente à Paris ses "Studi & Schizzi"

Tout appartient à la fondation crée par le Néerlandais Frits Lugt en 1947. La période envisagée va de 1450 à 1700. Il s'agit d'études sur le vif pour de grandes compositions.

Cette draperie n'est pas de Léonard de Vinci, mais de son condisciple Lorenzo di Credi. Cherchez la différence!

Crédits: Fondation Custodia, Paris 2020.

C’était un lieu confidentiel. Imparfait. La chose se conjugue en effet du passé. Depuis le départ de l’Institut néerlandais, qu’elle a longtemps accueilli, la Fondation Custodia s’est épanouie. Si l’un des deux hôtels particuliers qui l’abritent à un jet de pierre de l’Assemblée nationale reste voué à l’étude et à la recherche, l’autre, celui donnant sur la rue de Lille, est devenu un lieu d’expositions parisiennes couru. Fondé par l’historien de l’art et collectionneur Frits Lugt (et sa très riche épouse) en 1947, Custodia s’est donné depuis quelques années les moyens de ses ambitions. Une publicité soutenue. Une vraie billetterie. Un service de presse bien fait (la preuve, c’est que je vous en parle!). Aussi ne faut-il pas s’étonner de trouver non plus trois chats et demi dans les salles de présentations temporaires, mais une petite foule. Une foule cultivée, tout de même. La barre se voit ici mise très haut.

Custodia présente à la fois des expositions de dessins anciens, sortis ou non des réserves de la maison, et des créations contemporaines (plutôt sages) d’artistes hollandais. Une fidélité aux origines ethniques, en quelque sorte. Pour ce qui est des dessins de maîtres, l’empreinte nordique se révèle cependant moins marquée que jadis. L’actuel accrochage, visible jusqu’au début mai, s’intitule «Studi & Schizzi». Pas besoin d’être Sherlock Holmes pour subodorer qu’il s’agit là de feuilles italiennes. Lugt était un grand connaisseur de la Renaissance florentine ou romaine et ses goût le portaient, ce qui restait rare de son temps, jusqu’au baroque. Le rococo et le néo-classicisme sortaient cependant de son champ d’intérêt. Composée de 86 feuilles, l’exposition s’arrête du coup vers 1700.

La part de réalité

Le sujet s’est aussi vu limité. Par les mots d’"études" et d’"esquisses", la commissaire Maud Guichané annonce d’emblée qu’elle ne prendra en compte que les pièces servant de préalables à de grandes compositions. Pas de paysage, mais des figures humaines, en principe étudiées d’après nature. Parfois poussés, ces croquis se retrouveront sur la toile (ou la fresque) au moment de la composition finale. Il s’agit de la part de réalité dans ce qui deviendra une œuvre de pure imagination. L’artiste entend donner ainsi une illusion de vie réelle, alors qu’il a en fait tout agencé. Tout manigancé, même. Federico Barocci, qui fait l’affiche avec une merveilleuse tête d’homme, se basait ainsi sur des dizaines d’observations que le spectateur sent prises sur le vif pour ses grandes scènes sacrées.

La feuille de Barocci faisant l'affiche. Photo Fondation Custodia, Paris 2020.

La présentation ne se veut pas chronologique, mais thématique. Le parcours commence ainsi avec «étudier la figure». Il montre ensuite la manière dont elle se voit assemblée avec d'autres. Il s’agit à ce moment de composer, puis d’étudier la lumière, de manière à ce que cette dernière semble à la fois cohérente et dramatique. Le didactisme de Maud Guichané se révèle léger. La qualité moyenne des pièces présentées apparaît telle qu’elles n’ont plus besoin d’un prétexte ou d’un enseignement pour se voir admirées. Je rappelle que, quittant les ateliers où il s’en produisait depuis la fin du XIVe siècle, les dessins se sont vus collectionnés dès le XVIe comme des œuvres autonomes. L’ensemble réuni vers 1550 par le Toscan Giorgio Vasari est resté légendaire et bien réel à la fois. Les plus grands musées et les acheteurs les plus fortunés se disputent encore les esquisses que l’artiste et historien avait imaginé de présenter dans de superbes montages exécutés à la plume et au lavis brun.

Une collection vivante

Arrivé à temps sur le marché de l’art, Frits Lugt (mort en 1970) a pu acheter des pièces devenues aujourd’hui introuvables. Si Michel-Ange ne figure pas dans l’exposition présente, elle comporte en revanche Raphaël, Andrea del Sarto, Annibale Caracci, Parmigianino ou des créateurs postérieurs dont Volterrano ou Carlo Maratta. La plupart des pièces, simplement alignées sur des cimaises blanches, ont été achetées par Lugt lui-même. Il ne s’agit cependant pas d’un ensemble figé. Les conservateurs successifs de la Fondation (l’actuel se nomme Ger Luijten) ont procédé à des acquisitions complémentaires. Elles soulignent un point fort, ou comblent au contraire une lacune. L’étude de jambe masculine attribuée au Milanais Ambrogio Figino est ainsi entrée en 2018. L’aventure continue!

Pratique

«Studi & Schizzi, Dessiner la figure en Italie», Fondation Custodia, 121, rue de Lille, Paris, jusqu’au 10 mai. Tél. 00331 47 05 75 19, site www.fondationcustodia.fr Ouvert du mardi au dimanche de 12h à 18h. Les autres expositions actuelles sont dédiées à Anna Metz et à Siemen Dijkstra.

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