Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

"Design Miami Basel" se déploie dans le périmètre d'"Art/Basel". Chic et très, très cher

La foire demeure de taille modeste. Elle concentre beaucoup de Parisiens promouvant les années 1950. Il faut un peu chercher les stands vraiment originaux.

Les étagères de Converso.

Crédits: DR.

Ça monte et ça descend, au son de la musique. Les corolles blanches jouent les ballerines dans l’immense entrée de «Design Miami Basel», en face de la Messe. Elles possèdent surtout le mérite d’occuper le terrain. Les années précédentes, le rez-de-chaussée de la Halle 1 Süd restait tragiquement vide. La foire n’attire pas tant de marchands que cela. Et comme pour «Art Unlimited», dont je vous parlais hier, il y a ici trop de mètres carrés et de cubage. Les architectes Herzog & DeMeuron ont eu les yeux plus gros que le ventre. Alors pourquoi pas cette immense installation liminaire, signée Sou Fujimoto en collaboration avec Therme Mind?

A l’étage, après avoir emprunté des escalators presque invisibles, le salon lui-même, dont c’est la seizième édition, peut commencer à se déployer. Curaté par Aric Chen, il comprend vingt-six galeristes classiques, plus les quatorze marchands pointus de «Curio». Il y a aussi du «Design at large» et des «Satellites», dont le sens profond et pour tout dire la localisation me posent problème. Encore faut-il avoir envie de le résoudre, ladite question! Il y a déjà bien assez de choses à voir comme cela, même si l’ensemble flotte tragiquement dans cette halle surdimensionnée. On pourrait presque organiser les courses de chars romains de «Ben Hur» dans les allées, tant il y a de place apparemment perdue.

Picasso design

Qui sont les commerçants? Avant tout des Parisiens. Le public alémanique retrouve une nouvelle fois le «gang» des marchands spécialisés dans la seconde moitié du XXe siècle. Maria Wettergren précède ou suit ainsi Laffanour, Edward Mitterrand, Kreo, Patrick Seguin ou Jousse Entreprise (1). Il est facile d’imaginer qu’ils vont amener avec eux Jean Prouvé, Serge Mouille, Charlotte Perriand ou Charles Jeanneret. On n’en finira jamais avec les années 1950, ceci d’autant plus qu’il s’agit aujourd’hui d’un marché juteux. Vous ne serez donc pas étonné d’apprendre que j’ai aussi vu à «Design Miami Basel» des sculptures animales décoratives des époux Lalanne. Elle remportent depuis quelques années d’absurdes records aux enchères. Des enchères selon moi bien moutonnières. Les Lalanne ont du reste produit beaucoup de moutons…

Les corolles de l'entrée. Photo Sou Fujimoto, Ossip van Duivenbode.

Cette partie de la foire finit par déprimer à force de monotonie. Le visiteur a l’impression d’un interminable stand, étiré sur des mètres et des mètres. Il y a juste Eric Philippe pour faire un brin diversion avec ses prototypes scandinaves. Mais chez lui, tout ressemble hélas un peu à de l’Ikea. N’y aurait-il donc aucune originalité? Si, tout de même. Dans le genre classique, le Genevois Charly Bailly montre de Picasso des céramiques éditées, un plat en argent et d’autres luxueuses babioles griffées (2). Side Gallery a amené des Etats-Unis une bonne verrière (mais utilise-t-on au fait ce terme pour une femme verrier?). Les créations simples, mais colorées, de Laura Sattin emportent l’adhésion. Il faut dire qu’elle travaille avec les souffleurs de Murano. Un gage de professionnalisme.

Fers à repasser et radios

Le stand le plus insolite, en cette année où de nombreux participants ne sont pas revenus (je regrette ceux, venus de Russie, qui proposaient le design stalinien), est celui de Converso. Un des «Curio» occupant des espaces plus restreints. Son propriétaire expose des «Americana». Comprenez par là d’anciens objets du quotidien yankee, conçus naguère par les designers cotés. Trois noms reviennent sans cesse sur les étagères, où reposent fers à repasser, radios ou ventilateurs. Ce sont ceux des époux Eames, de l’architecte Alexander Girard et de Raymond Loewy qui était du reste d’origine française. Il y a là des icônes rappelant de bons souvenirs aux aînés. Reste que tout cela a un prix. Et comme nous sommes dans le périmètres d’«Art/Basel», celui-ci ne peut que se révéler très élevé.

(1) Manque cette fois à Bâle Jacques Lacoste, qui a luxueusement déménagé pour s’installer avenue Matignon à côté de Christie’s, dans l’arcade laissée vide par Macassar.
(2) Il y a aussi chez Charly Bailly un très beau dessin de Picasso. Très frais.

Pratique

«Design Miami Basel», Halle 1 Süd, Messeplatz, Bâle, jusqu’au 26 septembre. Site www.designmiami.com Ouvert de 11h à 19h.

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