Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Des bains médiévaux islamiques ont été découverts dans une brasserie de Séville!

La Cerveceria Giralda était en restauration. Sous le décor moderne du XXe siècle subsistaient les vestiges bien conservés de termes utilisés vers l'an 1200.

La disposition actuelle de la brasserie.

Crédits: El País.

J’aime bien le hasard. C’est lui qui permet souvent les plus grandes découvertes. Cette vérité vient de se voir vérifiée une fois de plus à Séville. Il y a quelques jours (le 17 février, tout de même…) le journal «El País» a ainsi annoncé une fantastique trouvaille archéologique à Séville. Une trouvaille n’ayant en plus rien d’une exhumation. Un bain public almohade, remontant à la fin du XIIe ou au début du XIIIe siècle, s’est vu mis à jour. Je vous raconte.

Tout a commencé par la restauration, permise en temps de pandémie, d’une brasserie de la vieille ville. La Cerveceria Giralda se trouve, comme son nom l’indique, à côté de la cathédrale gothique. Cette dernière conserve encore de l'ancienne mosquée son colossal minaret, semblable à d’autres visibles de Marrakech à la New Delhi. Il s’agissait de redonner bonne mine à un établissement redécoré au XXe siècle par Vicente Traver (1888-1966) Un architecte assez coté. Il fallait donc y aller avec une certaine prudence. Les ouvriers ont réalisé que l’intervention moderne était en fait plaquée sur quelque chose de bien plus ancien. Les quatre gérants de la Cerveceria ont fait appel aux archéologues.

Froid, tiède et chaud

Ceux-ci ont découvert à leur stupéfaction qu’il y avait là, par endroits très bien conservé, un bain public remontant à l’époque où la ville se trouvait sous domination musulmane, cette dernière ayant pris fin en 1248. Comme aux temps des Romains se succédaient trois salles, une froide, une tiède et une chaude. La froide (ou frigidarium) a été partiellement détruite il y a bien longtemps, au moment du percement de la rue Mateo Gago où se trouve le bar-restaurant. Il en subsiste cependant la voûte octogonale. La partie tiède (tepidarium) demeure la mieux conservée avec sa voûte en berceau et ses décorations réalisées à la peinture rouge. La chaude (caldarium) a en revanche presque disparu. Quand? Mystère. La présence de bains anciens à Séville demeure pour la dernière fois attestée dans la ville à la fin du XIIIe siècle. C’est loin…

Les travaux sont maintenant terminés. Séville possède l’unique bain almohade, tous les autres ayant disparu sur l’autre rive de la Méditerranée à Marrakech, dans l’autre capitale de cet éphémère empire d’origine berbère. Ce royaume almohade semble par ailleurs peu sympathique. Il a manifesté un intégrisme et une intolérance que l’on pourrait croire d’aujourd’hui, persécutant jusqu’aux musulmans libéraux eux-mêmes, dont de nombreux livres scientifiques ont été brûlés.

Le bistro continue!

Et que va devenir la Cerveceria, au fait? Pas d’inquiétude. Les quatre gérants peuvent d’autant mieux continuer leur travail que les restaurants sont en ce moment ouverts en Espagne. On va juste leur demander de faire un peu attention. N’oublions pas qu’un lieu possédant une fonction risque moins les déprédations que les autres. Quoique...

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