Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Des archéologues polonais auraient exhumé une cathédrale en plein Soudan

Enorme, l'édifice est sorti de terre à Dongola, l'ancienne capitale du royaume de Makurie. Celui-ci a été chrétien du VIIe au XIVe siècle. Les fouilles continuent.

La partie excavée de la probable cathédrale.

Crédits: Photo DR parue dans Le Point.

On apprend tous les jours des choses. L’archéologie couvre un champ immense. Il se révèle à l’échelle de la Terre. De celle du Soudan, je ne connaissais ainsi que les «pharaons noirs», mis en lumière par le Genevois Charles Bonnet. Mais il y a eu de lointains après. Depuis 1964, des archéologues polonais du PCMAUW s’intéressent ainsi à la Makurie, un royaume chrétien qui s’est vu islamisé au XIVe siècle seulement. Vous trouverez sans doute normal que des scientifiques polonais s’intéresse à un royaume chrétien. Mais il ne faut pas oublier que leurs compatriotes se sont montrés très actifs dans l’Egypte des années 1960, alors que le gouvernement Nasser fricotait avec les pays de l’Est. Ils s’étaient notamment occupés du site de Deir-el-Bahari, où ils avaient généreusement bétonné par la suite le temple funéraire d’Hatchepsout.

Dans l’ancien royaume de Makurie, les Polonais explorent ainsi la capitale Dongola. En 2018, ils y avaient exhumé les restes d’un palais, d’un cimetière et d’un atelier de potiers. Le 28 mai dernier, ils ont annoncé une découverte qui pourrait se révéler bien plus prestigieuse. L’équipe au travail pense être tombée sur l’ancienne cathédrale de la cité. Ils se réfèrent par analogie architecturale à l'église mise au jour il y a une soixantaine d’années à Faras, avec ses fresques. Il s’agirait cependant cette fois d’un bâtiment cinq fois plus grand, à trois étages. Le diamètre de ce qui aurait été l’abside ne mesure ainsi pas moins de vingt-cinq mètres. Une reconstitution en 3D du bâtiment a déjà été tentée, mais elle demandera des modification au fur et à mesure des recherches.

Coupé de Rome et de Byzance

C’est au VIIe siècle seulement que la région s’est vue christianisée. Autrement dit tard. La date correspond à l’expansion fulgurante de l’islam autour du bassin méditerranéen. Tout comme l’Ethiopie, le pays s’est ainsi vu coupé définitivement de Rome et de Byzance. D’où la légende dans l’Europe médiévale, d’un «pays du prêtre Jean». Restés en majorité chrétiens, des Ethiopiens bien réels cette fois ont cependant pu participer (imaginez l’expédition, qui partait pour eux de Jérusalem!) à un concile tenu à Ferrare et Florence au XVe siècle. A cette époque, la Makurie avait été conquise par des musulmans venus de Nord. La chose s’est donc passée vers 1300.

De nouvelles fouilles sont prévues en 2022, celles de 2020 n’ayant comme il se doit pas eu lieu. Apparemment, les dévots soudanais ne sont pas très choqués par cette résurrection d’un passé pré-islamique. A près tout, il s’agit là d’histoire ancienne...

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