Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Denis Blondel, qui avait su protéger la Genève du XIXe siècle, est mort à 95 ans

L'homme avait réussi à obtenir en 1983 une loi sanctuarisant les ensembles architecturaux des années 1850 à 1914, jusque là voués à la démolition. Il était un des fers de lance du patrimoine local.

La démolition de l'Uniprix de 1979. Un grand saccage qui connaîtra son point culminant dans les Rues Basses genevoises avec la création de Confédération Centre.

Crédits: Claude-André Fradel, Notrehistoire.ch

C'est une mauvaise période pour le patrimoine genevois. Ou du moins ses défenseurs. Le 26 septembre disparaissait Jean-François Empeyta, qu'il me semble toujours avoir connu. Il avait été président de la Société des Arts, dont il a aussi coiffé la Classe des Beaux-Arts.L'homme se montrait actif au sein de Patrimoine Suisse Genève, où ses avis restaient écoutés. On voyait sa haute silhouette partout à Genève, et même parfois aux Puces. Il avait 88 ans. Un bel âge certes, mais qui n'a plus rien de canonique.

Le 20 décembre, Denis Blondel s'en est allé à 95 ans. Lui, je ne le fréquentais pas personnellement. Mais qui n'avait pas entendu parler de ce personnage, qui demeurait une référence en matière de patrimoine? Il suffit de citer «la loi Blondel». L'activiste en avait déposé le projet en 1980 au Grand Conseil, alors qu'il était député. Le texte avait fini par se voir adopté le 13 octobre 1983. Il offrait le mérite de considérablement élargir les zones sensibles. Genève, un peu à la traîne, avait commencé par classer des monuments épars à partir de 1920. Des zones s'étaient ensuite vues sanctuarisées. Mais l'histoire architecturale semblait s'être arrêtée le 31 décembre 1799. Le XIXe siècle n'intéressait personne, d'où d’épouvantables saccages. Des ensembles se sont vus dénaturés par des verrues. Il me suffit de rappeler celle qui remplace, rue du Mont-Blanc l'ancien Hôtel de Russie ou, sur la place Cornavin, l'immeuble pseudo-moderne venu casser une lignée jusque là intacte d'immeubles en face de la gare. De la période fazyste, puis des années d'avant 1914 il fallait sauver ce qui pouvait encore l'être. La «Loi Blondel» tendait un filet de protection.

Ingénieur et député libéral

Denis Blondel avait de qui tenir. C'était l'un des deux enfants de Louis Blondel (1887-1967) et de son épouse Claire Bonnard. Louis Blondel a été le premier archéologue cantonal en 1923. Il est resté en fonction jusqu'en 1963. L'heure de la retraite mettait du temps à sonner en ces temps-là. Sa longue carrière de terrain, mais aussi d'écriture, lui aura permis d'étudier le sol genevois, et ce qui se trouvait en dessous. Son fils Denis était ingénieur de formation. Il deviendra de 1977 à 1989 député libéral comme papa. Il présidera un temps les Amis du Musée d'art et d'histoire. Un lieu qui gardait son affection. On ne s'étonnera pas s'il a été des combats contre sa dénaturation par le projet Jean Nouvel. L'homme tenait du fer de lance à Patrimoine suisse Genève, dont il restait président d'honneur. On sait que cet agrandissement se verra repoussé par une votation communale populaire le 28 février 2016. Le faire-part imprimé par la famille dans la presse précise que le défunt sera mieux honoré par des dons à Patrimoine Suisse Genève que par des fleurs.

Si Denis Blondel n'est plus, la protection des édifices du canton n'a pas perdu tout défenseur. A côté de Patrimoine Suisse Genève, qui se lance dans des luttes difficiles (je rappelle à tout hasard le Plaza), il y a désormais Contre l'enlaidissement de Genève. Un mouvement plus radical. Plus cinglant. Il faut peut-être ça face aux élus. Tout dépend bien sûr de la personne en charge des Travaux publics. Pour en rester à l'histoire récente, ce fut très dur avec Mark Muller. Agréable avec son remplaçant, pour cause de démission (un peu forcée), François Longchamp. Aujourd'hui, le contact est redevenu plus difficile avec Antonio Hodgers. D'où le besoin de maintenir la pression.

Vu la date du décès, Denis Blondel n'aura son culte à l'Auditoire que le 28 décembre à 14 heures.



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