Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Défenseur d'une culture classique, l'historien Marc Fumaroli est mort à 88 ans

Membre du Collège de France, académicien, l'homme s'est battu contre les dérives d'un savoir se voulant désormais sans hiérarchie afin de plaire à tout le monde.

Marc Fumaroli gardait un vision très haute de la chose culturelle.

Crédits: Babélio

La nouvelle a fait dès le 24 juin les gros titres de la presse la plus culturelle. Le décès à 88 ans, ce jour-là à Paris, de Marc Fumaroli n’intéresse en principe que le public pointu. L’homme ne s’adressait qu’à un lectorat ou à un auditoire choisis. On pouvait du coup l’accuser de prêcher à des convaincus. La croisade de cet homme élégant jusqu’à une certaine préciosité aurait mérité une plus large caisse de résonance. Mais il eut semblé inconcevable de voir cet homme d’un autre temps discuter d’un délicat point patrimonial à «On n’est pas couché» avec Laurent Ruquier. Fumaroli restait dans sa tour d’ivoire universitaire. Il n’allait pas au charbon, comme le faisait jadis en Italie un Federico Zeri avec un talent consommé.

Fumaroli était né à Marseille en 1932. Son enfance s’était située à Fez, au Maroc, où son père était fonctionnaire colonial. L’adolescent a fait son parcours dans les règles. Université à Aix-en-Provence, puis la Sorbonne. Agrégation de belles-lettres à 27 ans en 1959. Ont suivi des années d’enseignement respectant le «cursus honorum» à la française. Lille3, puis la Sorbonne et le Collège de France dès 1986. Option «Histoire et société en Europe aux XVIe et XVIIe siècle», mais avec des intérêts incluant les beaux-arts de l’Ancien Régime. Poussin. Elisabeth Vigée-Lebrun. Fragonard… Il ne manquait plus au palmarès que l’Académie française. L’habit vert est venu en 1995. L’année suivante, Marc Fumaroli coiffait les Amis du Louvre.

"L'Etat culturel"

L’homme a beaucoup écrit, notamment sur Chateaubriand. C’est «L’Etat culturel» qui l’a fait connaître à un public un peu plus large en 1991. Plusieurs fois traduit, l’ouvrage donnait un coup de pied dans la fourmilière. Le professeur s’attaquait de front aux actions d’André Malraux et de son lointain successeur Jack Lang. Pour lui, le monde culturel dérapait, puis dérivait et enfin délirait. Afin d’accroître son public, et donc les subventions dont il bénéficiait, le ministère donnait dans le ludique et le facile. Il y avait confusion entre ce que les Anglo-saxons appellent le «high» et le «low». Tout se retrouvait au même niveau. L’exposition Rembrandt et un défilé de mode. Mozart et un concert de rock. La littérature de Pascal et les jeux électroniques. La hiérarchisation s’était volontairement perdue. Marc Fumaroli allait, on l’imagine, se déchaîner plus tard contre la présence de Murakami (le peintre, pas le romancier) et de Jeff Koons à Versailles. Des non-sens! Il en sortira un nouveau livre remarqué (mais remarqué de lecteurs hauts de gamme) en 2009, «Paris New-York et retour».

Il est facile, pour des motifs politiques, de rejeter comme réactionnaires les idées de l’académicien. La doxa actuelle veut que les musées constituent de simples lieux de vie et la littérature un objet inclusif. Tout ce qui apparaît comme élitaire doit se voir rejeté dans la mesure où la chose apparaît attentatoire à la cohésion sociale. L’université elle-même, qui dévie sans doute davantage encore que le ministère de la Culture, doit tenir du «melting pot». Elle se veut ultra-libérale, alors même quelle ne tolère plus aucune voix dissidente. Sans élever cette dernière, Marc Fumaroli voulait rappeler à l’ordre. Inversion des valeurs, c’est lui qui semait à son tour le désordre.

Un auteur difficile

Cela dit, et c’est le reproche qu’on pourrait faire au conférencier et à l’écrivain, l’auteur n’était pas facile à suivre. Ses propos apparaissaient brillants. Il y avait de beaux envols de phrases et de parfaits subjonctifs. N’empêche que le public moyen (dont je fais partie) avait de la peine à suivre. Une fois la péroraison prononcée, je me suis parfois demandé de quoi l’homme avait vraiment parlé. J’eus préféré davantage d’immédiateté. Au Collège de France, un historien comme Jacques Thuillier me semblait plus clair. Mais il y a deux écoles dans ces écoles. Les historiens , factuels et secs, contre les littéraires. Marc Fumaroli faisait sans nul doute partie de ces derniers.

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