Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Découverte en Ardèche. Les Néandertaliens étaient déjà capables de tresser

La minuscule cordelette aurait dans les 50 000 ans. Pour l'Homme du Néandertal, c'est une nouvelle étape dans la reconnaissance de ses capacités intellectuelles.

L'objet, très agrandi.

Crédits: DR.

C’est une nouvelle qui s’est contentée d’une brève dans la plupart des journaux. Il faut dire qu’elle tourne résolument le dos à l’actualité. La chose est vieille d’entre 41 000 et 52 000 ans. Pour l’histoire de l’humanité, la découverte n’a pourtant pas de prix. Il y a plusieurs dizaines de milliers d’années, l’Homme du Néandertal était capable de tresser, afin de faire des cordages. Un pas de plus dans la réhabilitation de cette espèce disparue, pour des raisons encore inconnues, autour de -30 000 avant Jésus-Christ. Nous ne voyons plus ces hominidés à la manière de grands singes, comme on le faisait il y a cent ans. Le Musée de l’Homme a du reste consacré à Paris une admirable exposition aux Néandertaliens en 2018-2019. Je vous en avais parlé à l’époque. Elle se trouve aujourd’hui en tournée au Canada.

Néandertaliens fuyant devant un mammouth. Un tableau de Paul Jamin daté 1885. Jamin s'était fait une spécialité de scènes préhistoriques. Photo DR.

Mais venons à l’affaire du moment. En 2015, Marie-Hélène Moncel, qui travaille depuis une quinzaine d’années sur l’Abri du Maras (et non du Marais, comme je l’ai parfois lu) ramasse un éclat de silex, qu’elle glisse soigneusement dans une pochette en plastique. «Je m’en souviens parce qu’il était magnifique. Mais je n’avais pas alors porté attention au petit bout de brèche qui y était accolé.» Ce dernier a du coup mis du temps à se voir analysé. Il ne s’agissait pas d’un embryon de cordelette mesurant 6,5 millimètres à peine, mais de son empreinte fossilisée. Il y avait là la forme d’une cordelette tressée. La chose ne pouvait émaner que d’une homme (ou d’une femme) du Néandertal. Seule cette espèce a occupé cet abri situé dans les gorges de l’Ardèche.

Connaissances mathématiques

Voilà qui changeait les donnes connues. On savait déjà les Néandertaliens capables de produire des outils relativement sophistiqués. On a découvert qu’ils exploitaient des ressources marines. Voilà maintenant qu’il avait des connaissances textiles, et du coup mathématiques. Cela n’a l’air de rien. Nous sommes habitués au tissu ou au tricot. Mais la création d’une cordelette supposait à l’époque un embryon de savoir en matière de calcul. L’espèce a donc franchi avant de s’éteindre (après plus de 300 000 ans d’existence) une étape intellectuelle puissante. Une étape qu’on croyait jusqu’ici réservée à L’Homo Sapiens. La plus ancienne cordelette retrouvée jusqu’à maintenant avait à peine19 000 ans.

Je rappelle à tout hasard que les Européens et les Asiatiques (mais pas les Africains!) ont encore une petite part de néandertalien en eux. Entre un et quatre pourcent. Les deux espèces ont un peu fricoté l’une avec l’autre. C’est ce qu’on appelle une rencontre de civilisations.

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