Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Découvert à Cento en 1936, un décor du Guerchin vient de se voir enfin restauré

Les fresques se trouvent dans un appartement. L'argent reçu après le tremblement de terre de 2010 a permis de dégager la somme voulue. Pour une fois, tout finit bien.

L'une des figures en camaïeu de bruns.

Crédits: Giornale dell'arte.

C’est une longue histoire qui finit bien. Nous sommes à Cento, une jolie petite ville située non loin de Bologne. C’est là qu’est né en 1591 Giovanni Francesco Barbieri, dit «il Guercino», parce que le malheureux louchait. Ce strabisme ne l’a pas empêché de devenir l’un des peintres les plus célèbres de son temps (où il y avait une rude concurrence) et la gloire de sa cité.

Le Guerchin était tombé dans le discrédit entourant la peinture baroque quand le jeune Denis Mahon, né en 1910, commença à s’intéresser à lui. Le Britannique devait lui consacrer une grande partie de sa longue carrière. En mai 1936, il en restait à ses débuts lorsqu’il s’est retrouvé à Cento, peu après une prise d’Addis-Abeba par les troupes mussoliniennes qui avait engendré une hystérie nationaliste. Il avait repéré par des archives que l’artiste avait créé à ses débuts, en 1613-14, un décor de fresques dans un bâtiments encore debout. Mahon avait pris son courage à deux mains. L’homme l’a raconté avec sa faconde habituelle. Il a sonné chez les gens, qui l’avaient bien accueilli. Ah, cela vous intéresse… L’historien en devenir avait ainsi pu prendre des photos de peintures en assez mauvais état, dans ce qui était devenu un appartement. Il les avaient publiées dans le «Burlington Magazine», le mensuel le plus chic de l’époque pour l’art ancien. La revue existe encore. Toujours aussi réputée.

Strictement privé

La guerre a passé, puis les générations. On en restait au même point. Puis l’Italie a connu en 2010 du côté de Ferrare un des ces tremblements de terre qui la paniquent parfois. Il y a eu des ondes jusqu’à Cento. Les choses vont lentement dans le pays, quand il s’agit d’administration. De l’argent a tout de même fini par arriver dans la bourgade d’Emilie-Romagne. Et il y en a eu pour le décor du Guerchin, qui s’est ainsi vu redonner bonne mine. L’histoire, et quelques nouvelles images, ont ainsi été postées le jeudi 27 août sur le site de «Il Giornale dell’arte», où le curieux découvre chaque jour des choses. Les gens continuent bien sûr à vivre dans leur logis. Ils sont chez eux. Pas question de visiter, même si le tourisme n’a rien d’intense à Cento. Les fresques ont l’air magnifiques. Mahon ne les aura jamais vues comme ça. Il est pourtant mort à 101 ans en 2011.

Cela dit, il peut y avoir des occasions. Je me souviens d’avoir vu il y a bien des années à Bologne un décor d’Annibale Caracci. Il y avait une rétrospective consacrée à cet aîné du Guerchin dans un musée. Chaque après-midi, des particuliers ouvraient leur appartement en ville. Il suffisait de sonner. Et là, au dessus d’une vaste cheminée, il y avait une œuvre connue par la seule littérature spécialisée. Alors...

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."