Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Décerné à Genève, le Prix (biennal) de la Société des Arts 2021 va à Fabrice Gygi

L'artiste a 55 ans. Il est connu depuis la fin des années 1980 pour des créations très diverses. La récompense lui vaut en outre une exposition dans l'année.

Fabrice Gygi. Un artiste tous terrains.

Crédits: Editions Copenhagen

«Il est où, déjà, le "y" par rapport au "i" dans son nom?» C’est la question que se sont longtemps posée les journalistes (et sans doute quelques amateurs d’art aussi) à propos de Fabrice Gygi. Elle semble aujourd’hui résolue. Né en 1965 à Genève, l’artiste n’a pas arrêté de faire parler de lui depuis la fin des années 1980. S’il peut aujourd’hui sembler ici dans un petit creux de carrière, c’est parce qu’il brille ailleurs. Chantal Crouzel a aussi bien exposé dans sa galerie parisienne en 2018 ses magnifiques dessins géométriques au pinceau que Wilde au Quartier des Bains genevois. Et puis il y a les exotismes! On a vu le Genevois représentant la Suisse à la Biennale de Venise (c’était en 2009) ou exposant à l’Orange County Museum de Newport Beach. Fabrice ne fait pas pour autant partie intégrante des superstars de l’art contemporain, ce qui me semble plutôt bon signe. Il s’agit de quelqu’un de connu et de reconnu. Voilà qui vaut mieux, sauf sans doute sur le plan commercial.

L'autoportrait, taillé par un praticien dans le marbre, de Fabrice au Cimetière des Rois genevois en 2016. Photo Fabrice Gygi.

Si je vous parle aujourd’hui de Fabrice Gygi, c’est parce qu’il vient de remporter le Prix de la Société des Arts à Genève. Ou plutôt que le résultat vient de se voir rendu public, les discussions s'étant déroulées en novembre dernier. Je vous rappelle les règles de ce jeu culturel. Depuis 2009, la vénérable société, fondée en 1776, ne distribue plus qu’une seule récompense tous les deux ans à la place de multiples petites bourses fondées au XIXe siècle, et désormais bien dégarnies. La chose offre de la visibilité au lauréat, une exposition à la Salle Jules-Crosnier de l’Athénée et une somme rondelette: 50 000 francs. Présidé cette fois par Eveline Notter, le jury agit donc à la manière des enfants de jadis cassant leur tirelire. Le prix actuel ne va pas chercher des inconnus afin de les promouvoir. Il arrive en milieu de carrière. Après Francis Baudevin en 2009, il est allé à Christoph Büchel, Gianni Motti, Sylvie Fleury, au Mediengruppe Bitnik (un petit coup de folie!) et à Renee Levi. Je précise que le lauréat doit travailler en Suisse depuis au moins cinq ans.

L'exposition de Fabrice Gygi au Mamco en 2004. Photo Annik Wetter, Mamco.

Un peu de biographie pour terminer (même si j’aurais aussi pu commencer par ça). Fabrice a subi un premier enseignement au défunt Centre de gravure contemporaine, remplacé depuis par un Centre d’édition contemporaine dont je ne comprends pas toujours la fonction, ni les enjeux. Il a ensuite fait les Arts Déco, puis les Beaux-Arts. Cette formation tous terrains lui a permis de créer de grosses pièces, aux apparences usinées, pour des installations évoquant un univers carcéral comme des bijoux en Corten. Je nourris un faible pour ses immenses estampes, et surtout ses peintures à l’eau. Fabrice, qui travaille aujourd’hui entre notre ville et Martigny, enseigne. Il a été à l’ECAL lausannois. Il se trouve depuis 2005 (ce qui fait un bail!) à la HEAD genevoise. Côté vie associative, l’homme fait partie des fondateurs de l’espace Forde à l’Usine (1994), comme de Darse (2008).

Les dessins tracés à la main au pinceau par Fabrice Gygi. Photo fournie par la Société des Arts.

Le communiqué de presse de la Société des Arts reste comme il se doit un brin amphigourique. Autrement dit verbeux. Il y est question de «parcours caractérisé par le nomadisme». De «l’ambivalence des artefacts qu’il produit entre objets fonctionnels et objets d’art». Le genre de discours que Fabrice déteste, si mes souvenirs sont bons. Pas un mot en revanche sur les combats au fouet (avec protections, tout de même) qu’a affectionné, et affectionne peut-être encore, Fabrice. Ce ne doit pas vraiment être le genre de la maison. A l’Athénée, les joutes restent avant tout verbales.

Fabrice Gygi chez Chantal Crouzel en 2018 à Paris. Photo fournie par la galerie Chantal Crouzel.

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