Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

David Zwirmer lance à New York une nouvelle galerie gérée par des Afro-américains

L'Allemand entend ainsi combler un manque. Si les artistes "black" sont intégrés aux programmations, l'équipe dirigeante des galeries reste presque entièrement blanche.

Ebony L. Haymes, la future directrice.

Crédits: Elliott Jerome Brown Jr., David Zwirmer, New York 2020.

Tous les riches amateurs d’art contemporain connaissent David Zwirmer, même si le nom de ce dernier apparaît rituellement en dernier dans les listes alphabétiques. Aujourd’hui âgé de 56 ans, l’Allemand a du reste de qui tenir. Son père avait fondé en 1967 Art Cologne, la doyenne des foires internationales venue au monde trois ans avant Art/Basel. Le galeriste actuel s’est imposé de Paris à Hongkong en passant par Londres. Il ne gère pas moins de quatre espaces à New York. Autant dire qu’il prend au propre comme au figuré de la place.

Au printemps prochain, Zwirmer compte ouvrir un nouveau lieu dans la «Grosse Pomme». Un endroit pas comme les autres. J’ai ainsi lu sous la plume de Viviana Bucarelli dans «Giornale dell’arte» de novembre, dont je poursuis ma lecture, qu'il serait entièrement géré pas des Afro-américains. Une première pour une entreprise de ce calibre financier. «J’ai été frappé, lors des manifestations anti-racistes de 2020 par le fait qu’on ait vu des activistes. Des intellectuels. Mais pas un seul galeriste.» L’Allemand a donc engagé une galeriste, Ebony (1) L Haynes. Notez qu’il ne s’agit pas d’une débutante. La jeune femme a déjà dirigé la Martos Gallery dans le Lower East Side. La responsable sera ici en charge d’une équipe entièrement «black», elle-même l’étant assez peu en photo. Ebony le reste un peu à la manière de Kamala Harris. Rien qui puisse heurter le client de base américain. Nous n'en sommes pas encore à l'heure du noir foncé!

Un "incubateur"

La galeries est vue par David Zwirmer «davantage comme un lieu muséal qu’un commerce.» Il y a aura là trois ou quatre expositions par an. Elle concerneront des artistes afro-américains comme Nikita (c’est une femme!) Gale ou Cameron Rowland. Mais pas uniquement, et c’est selon moi la grande habileté de l’entreprise. Elle a l’intelligence de ne pas apparaître comme un ghetto de luxe. Nora Turato, dont il est aussi question, est Croate et blonde. Pas d’exception en revanche pour le personnel. Ce dernier se verra complété par des étudiants venus d’universités afin d’accomplir des stages. «Nous avons aussi l’ambition de former des gens», conclut David Zwirmer, qui voit son cinquième bébé new-yorkais à la manière d’un «incubateur». Il ne suffit pas pour lui d’intégrer des artistes afro-américains à sa programmation, comme il l’a fait récemment, mais d’accomplir un pas de plus en créant des entités nouvelles. «C’est ce qui me semble le plus important.»

(1) «Ebony», qui signifie «ébène», est aussi depuis 1945 le titre d’une revue américaine prônant la «black pride». Elle a commencé à paraître en des temps où nul ne parlait encore d’Afro-américains.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."