Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Danaé Panchaud dirigera à Genève le Centre de la photographie au BAC

Nommé en 2001, Jörg Bader passe finalement la main. La femme qui lui succède a pour elle le CV voulu de nos jours. Elle arrivera du Centre PasquArt de Bienne.

Danaé Panchaud. Genève après Lausanne, Vevey ou Bienne.

Crédits: Olga Cafiero. Photo tirée du site (en anglais) de Danaé Panchaud.

Les dés sont jetés. On sait. C’est quasi officiel. Danaé Panchaud va succéder au Centre de la Photographie genevois au longtemps inamovible Jörg Bader. Ce dernier, qui avait échappé on ne sait trop comment à deux révolutions de palais (pour autant que le Bâtiment d’Art Contemporain ou BAC en soit un), se sera accroché à la barre jusqu’au bout. Jörg, avec qui j’ai toujours eu des rapport difficiles (doux euphémisme!), arguait notamment qu’il avait une famille tardive à élever. N’empêche que le Zurichois a vu le jour en 1955 et qu’il était arrivé au pouvoir en 2001. Les meilleures choses ont une fin. Les autres aussi. Le Comité à la tête du Centre a donc tranché.

A 38 ans, Danaé Panchaud fait partie des bonnes élèves de la photographie. La jeune femme a ainsi derrière elle un parcours de combattante lui ayant permis de cocher toutes les cases justes. Elle est bardée de «master» comme une reine combattante des Alpes de cocardes (1). Elle a passé par la HEAD, où il existe désormais un diplôme pour tout et même le reste. C’est ainsi que la jeune femme est devenue curatrice d’expositions. Il y a aussi eu un passage dans une université britannique, histoire d’acquérir la touche anglo-saxonne faisant sérieux sur un CV. La débutante a aussi bien travaillé à la Fondation de la main, qui fait partie du CHUV (ou hôpitaux) lausannois, qu’au Mudac. Elle était dans ce musée lausannois une attachée de presse rongeant quelque peu son frein. Côté galerie, Danaé est aussi apparue en arrière-fond de SAKS à Genève, qui a depuis longtemps mis la clef sous le paillasson. Elle c’est enfin retrouvée, côté enseignants, à l’Ecole de photo de Vevey. Le tout parfois simultanément.

Un lourd défi à relever

Depuis 2018, Danaé avait trouvé sa place au Centre PasquArt de Bienne, qui laisse un bel espace à la nouvelle photographie. Une chose à la fois cérébrale et conscientisée. Elle a organisé là nombre d’accrochages. Il ne faut cependant pas confondre le Centre avec le festival intitulé «Journées de la photo», dont s’occupe Sarah Girard. La programmation de la nouvelle venue s’est voulue pertinente (un adjectif très à la mode) et pointue. Elle a aussi bien compris une présentation de jeunes photographes algériens, confrontés à des images coloniales, que «Rethinking Masculinity». Autant dire que la commissaire «surfe» du coup volontiers sur les thèmes à la mode. Comme je vous le disais au début, il y a là une volonté presque revendiquée de cocher les bonnes cases.

A Genève, Danaé Panchaud ne devra pas repartir à zéro, mais c’est tout comme. La programmation ultra-politique de Jörg Bader en a agacé plus d’un par son côté répétitif. On sait que le bâtiment ex-industriel se voit prochainement voué à une lourde restauration amenant des déménagements provisoires. «Last but not least», il faudrait que Genève se trouve une véritable politique pour le 8e art. On sait que celui-ci passionne le magistrat municipal en charge de la culture. Mais la concrétisation de la chose ne se révèle pas sans problèmes. Le premier est que Genève arrive, pour la seule Suisse romande, après l’Elysée de Lausanne. Vevey a développé depuis les années 1940 son Ecole et possède en prime la biennale «Images». Il y a le festival «Altitude +1000» dans le Jura neuchâtelois, le canton proposant aussi les réussites en la matière de Nathalie Herschdorfer au Musée des beaux-Arts du Locle. «Boléro», à Versoix, donne également dans la photo. Cela fait beaucoup pour un petit territoire peuplé de moins de deux millions d’habitants.

Genève ville photographique?

Jusqu’ici, Genève a du coup un peu flotté, même si le Centre a été créé en 1984 par les historiens et collectionneurs Michel et Michèle Auer, qui l’avaient ouvert avec une exposition Peter Knapp. Il était alors installé sur deux étages (ou plutôt un étage avec mezzanine) au Grütli. L’institution a connu par la suite au BAC une vie agitée sans vraiment s’intégrer à la cité. Créés par Patrice Mugny, alors en charge de la culture, les «50 jours pour la photographie» ont gentiment capoté après deux ou trois éditions. Le «No Photo» de son successeur Samu Kanaan n’a pas vraiment convaincu. On a enfin parlé il y a deux ou trois ans d’un lieu qui viendrait fédérer les collections genevoises. Un couple de mécènes aurait même été trouvé à l’époque. Mais, comme la Sœur Anne de «Barbe-Bleue», nous n'avons rien vu venir.

On sent que Danaé Panchaud aura du pain sur la planche. Il lui faudra consolider, innover, trouver des solutions pratiques tout en séduisant un public qui croule déjà sous les propositions culturelles. C’est un «challenge» comme on dit aujourd’hui, alors qu’il s’agit tout simplement là d’un défi. Il faudra en gros convaincre le grand public que Genève constitue bien une ville de photographie. Voilà qui ne semble pas gagné d’avance!

(1) Impossible de parler dans le corps d’un tel texte de vache de combat!

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