Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Damien Hirst répand ses "Cerisiers en fleurs" à la Fondation Cartier de Paris. Aïe, aïe, aïe...

A 56 ans, l'artiste britannique renonce au travail en équipe au profit de la peinture figurative en solitaire. Il semble permis de trouver le résultat épouvantable.

Damien Hirst devant l'un de cerisier à la Fondation Cartier.

Crédits: Stefan d Sakutin, AFP.

«Quand nous jouions à la mare-el-le/Cerisier rose et pommier blanc». Vous n’avez sans doute pas eu la chance comme moi d’être enfant dans les années 1950. Vous n’avez donc pas entendu à la TSF (la télévision faisait alors prudemment son entrée) chanter cette rengaine par Yvette Giraud ou André Claveau. La fleur de cet arbre fruitier ne reste donc pas associée pour vous à un poste de radio ou à un disque 78 tours. Elle n’a probablement pas non plus la caractère quasi sacré que lui donnent les Japonais, pour qui cette éclosion demeure associée à la jeunesse et au caractère éphémère des choses. Vous savez sans doute que les Nippons calent souvent quelques-uns de leurs rares jours de congé sur le moment précis où les pétales des cerisiers vont exploser, puis voler au vent.

Pourquoi un tel début? Très simple. Damien Hirst présente ses «Cerisiers en fleurs» à la Fondation Cartier de Paris. Sa «première exposition institutionnelle en France» dit la publicité, qui survend ainsi un simple lieu d’exposition appartenant à une marque de luxe célèbre. Le bâtiment vitré construit par Jean Nouvel sur le boulevard Raspail présente ainsi sur deux niveaux 29 toiles de l’artiste anglais sur les quelque 107 qu’il a peintres sur ce thème en trois ans. Que voulez-vous? Le cher homme se prend aujourd’hui pour Claude Monet. Il faut qu’il procède par séries. Celle-ci possède au moins le mérite d’avoir été entièrement réalisée par Hirst «himself». Il est resté seul dans son immense atelier de Londres, notamment pendant le confinement. Voilà qui doit le changer de la nuée d’assistants faisant un peu tout à sa place. Imaginez le monde qu’il a fallu réunir autour de lui afin de réaliser sur une décennie les objets, sculptures et autres «kitscheries» de «Treasures from the Wreck of the Unbelievable». Un ensemble montré en 2017 à Venise par le Palazzo Grassi et la Punta della Dogana de François Pinault…

Comme maman

De quelle manière l’intéressé, qui commence à faire faire vieux monsieur (il n’a pourtant que 56 ans), vit-il la chose? Comme un retour, entre abstraction et figuration, aux cerisiers que peignait sa mère quand il était petit. Ses vastes toiles (trois mètres de haut) constitueraient ainsi l’antidote à «un art nouveau qui soit comme une claque dans la figure», des vaches coupées en deux et plongées dans du formol des années 1990 au crâne endiamanté de 2007. Il faut dire que depuis une décennie, c’est plutôt Hirst qui a pris des gifles. En 2008, il avait certes réussi le pari de vendre directement très cher ses œuvres chez Sotheby’s en pleine panique financière. Mais depuis, pas grand chose. La série «Two Weeks, One Summer» a passé inaperçue en 2010. Les «Spots Paintings» de 2016, que Gagosian avait présentés simultanément dans toutes ses galeries internationales, ont vite lassé. Et le naufrage de l’Unbelievable, supposé avoir eu lieu à la fin de l’Empire romain, a été celui de son auteur. Il est d’ailleurs symptomatique que les cerisiers actuels se voient présentés à Paris chez Cartier, et non chez François Pinault dans l’ex-Bourse du Commerce.

A quoi ressemblent au fait les 29 toiles présentées devant un public clairsemé. Mais à rien, finalement! C’est gros et vilain, pour autant que la beauté ait encore son rôle à jouer dans la création contemporaine. «Mes cerisiers en fleurs sont tape-à-l’œil, désordonnés et fragiles», assure l’intéressé. L’ensemble apparaît plutôt discordant et vulgaire. Inutile, surtout. Damien Hirst reste davantage un homme d’idées qu’un manuel. C’est tout sauf un peintre, même s’il affirme aujourd’hui «vouloir se perdre dans la couleur». La «spontanéité du geste pictural» aboutit avec lui au grand n’importe quoi. Et ce n’est pas la critique, bonne fille, qui suffira à le sauver en lui offrant toutes les béquilles verbales voulues. L’artiste est ici descendu encore plus bas qu’avec l’Unbelievable. C’était donc possible.

Pratique

«Damien Hirst, Cerisiers en fleurs», Fondation Cartier, 261, boulevard Raspail, Paris, jusqu’au 2 janvier 2022. Tél. 00331 42 18 56 67 site www.fondationcartier.com Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 20h.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."