Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Cyril Kobler retrace son itinéraire de photographe à Versoix

Boléro montre le photographe genevois, aujourd'hui âgé de 74 ans. Ce dernier a longuement fouillé dans ses archives. Il a choisi de présenter plusieurs séries reflétant son travail personnel,

L'une des images réalisées sur un écran blanc par le photographe lors de son voyage en Afrique de 1984.

Crédits: Cyril Kobler

C'est l’œuvre d'une vie. En opérant des choix, bien sûr. Il serait difficile de parler de rétrospective dans l'actuelle présentation des photographies de Cyril Kobler présentées à Versoix. Les cimaises n'offrent aucune chronologie, avec ce que la chose implique de cheminement. A 74 ans, l'artiste a longuement fouillé dans ses archives. Il s'est donné le temps de la réflexion. Quelle image (et quelles images) voulait-il donner de lui? C'est que le Genevois a beaucoup produit, d'abord pour les autres et ensuite pour lui-même...

Kobler est donc né en 1944. Père garagiste. Il lui en reste d'ailleurs quelque chose. L'espace qu'il a ouvert en 2012 à Chêne-Bourg n'est autre l'ancien lieu de travail paternel. S'il est devenu photographe, c'est sans passer par une école spécialisée. Cyril sort de l'Ecole des beaux-arts, l'actuelle HAED, qui ne manifestait alors aucun intérêt pour le 8e art. Il a donc fait ses gammes à Genève en compagnie de Paul Boissonnas et de Jean-Paul Levet, le second étant aujourd'hui bien oublié. Il y a peu d'ateliers à Genève, dans les années 1960. Notre homme ouvre le sien en 1969. Il ne se tourne pas vers le portrait, comme Suzanne Farkas ou Mandanis, mais vers la publicité. «L'image argentique occupait encore peu de place dans cet univers.»

A plein régime

Le débutant va vite se trouvé chargé, puis surchargé de commandes. Il commence par présenter des produits, qu'il met en scène comme des natures mortes. «Puis j'ai passé au stade supérieur. Sur le terrain de mon père, j'ai construit un vrai studio. Je disposais de davantage de place, ce qui me permettait d'accepter des mandats plus importants.» Dupont de Nemours. Procter&Gamble... Il lui faut bientôt un assistant, puis deux et une laborantine. «L'équipe a fonctionné à plein régime de 1975 à 1985.» Il y a aussi des livres à illustrer, avec des solutions graphiques à trouver. «Je faisais tout, jusqu'à la mise en pages.» Dans ces conditions, Cyril met son travail personnel entre parenthèses, «mais travailler pour les autres n'a rien de déshonorant.»

En 1984, c'est la rupture, ou plutôt la pause. Pour ses 40 ans, Cyril Kobler s'offre avec sa famille une évasion. L'Afrique. Les images qu'il y réalise ne paraîtront qu'en 2010. «Je suis revenu un peu déboussolé, sans trop avoir envie de me remettre à la réclame.» Il le fait pourtant, avec un matériel professionnel lourd, coûteux et compliqué. Il en sort beaucoup de montres: Weil, Chopard... Un tournant se produit en 2000. Le numérique pointe le bout de son nez. «J'ai réalisé que je devais prendre le train en marche.» L'argentique ne lui laisse aujourd’hui pas de regrets, comme à d'autres. «J'utilise mon ordinateur comme le peintre se sert de son chevalet.» D'où, au début du nouveau millénaire, des envies de se remettre à quelque chose de personnel. Le déclic se produit en 2004 à Shanghai. Cyril va recréer la ville sur son écran. Il a 60 ans. Cet âge ne signifie plus le déclin, comme pour la génération précédente. C'est devenu le moment des reconversions. Il y a ainsi «La Galerie» à la Coulouvrenière, puis l'espace de Chêne-Bourg. «J'ai toujours eu envie d'un endroit où je pourrais montrer de la photo.»

Un choix réfléchi

Tout cela se reflète aux murs de Boléro, à Versoix, où le visiteur passe de l'époque du noir et blanc à celle de la couleur. Avec des allers et retours sur les cimaises. Pour chaque série, Cyril a réuni quelques images montrant au public l'idée du projet. Il y a ainsi «Le travail en Suisse», une suite de métiers à la Irving Penn en 1981. L'«Instant anonyme» de 1993, où les modèles en général connus se détachent à la manière d'un masque mortuaire de la toile du tableau vierge qu'ils tiennent entre leurs mains. Les «Impressions colorées» de Cuba de 2001, à la fois multicolores et floues. Shanghai, bien sûr, que j'avais vu à l'époque dans la galerie d'Anton Meier. Les «Abris» de 2012, marquant un provisoire retour au noir et blanc. Il faut dire que le sujet l'imposait. Et bien d'autres choses, regroupées comme je l'ai dit par familles. Cela donne une présentation agréable. Aucune surcharge. Tout s'est vu élagué, après mûre réflexion. L'ensemble donne du coup une impression de solidité. De variété aussi. Chacun aura bien sûr ses préférences. Et donc ses rejets partiels. C'est ça, le rapport à l’œuvre!

Pratique

«Cyril Kobler, Itinéraire d'un photographe», Boléro, 8, chemin Jean-Baptiste Vandelle, Versoix, jusqu'au 13 janvier. Tél. 022 950 84 00, site www.versoix.ch Ouvert du mardi au dimanche de 14h à 18h. Attention aux horaires de fin d'année!



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