Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

COUTURE/Christa de Carouge est morte. La fin d'une dame en noir

Crédits: Alexandra Wey/Keystone

On ne peut pas dire que son grand départ ait été salué comme il le fallait par la presse genevoise. Celle qui ne montrait jamais les genoux de ses clientes aura été passée par dessus la jambe. Comment est-il possible que Genève ait à ce point oublié Christa de Carouge, qui révolutionna la couture (et non la mode!) suisse en ouvrant une boutique dans la cité sarde, il y a de cela juste quarante ans? 

Je vous ai parlé il y a quelques jours de la formidable rétrospective que le Kunsthaus de Zoug consacre jusqu'au 18 février à cette créatrice. Il s'agissait selon Christa de sa dernière apparition en tant que sculptrice sur tissu. Il y a là, sur trois étages, tout ce qui a fait sa célébrité. Du noir, bien sûr. Mais aussi quelques fantaisies. La dame n'avait peur ni de la couleur ni des paillettes. La Zurichoise annonçait dans la foulée son envie de revenir au graphisme, sa première profession, et de passer à l'écriture. Son livre sur le noir ne verra jamais le jour, même si cette teinte est longtemps restée la couleur du deuil. Christa est morte le 17 janvier après quelques jours de maladie (1). Elle avait 81 ans. Il y avait quatre ans qu'elle s'était mise à la retraite. Aucune obligation d'arrêter. Mais, de même qu'elle avait été ravie de remettre son arcade carougeoise à une marchande de modes (qui n'a du reste pas tenu le coup), elle se disait heureuse d'avoir trouvé une personne à même de lui succéder sur les bords de la Limmat. 

Je vous l'ai déjà dit, mais il y a des moments où il faut se répéter. C'était une personne remarquable. Christa avait à la fois de la culture, du charisme, de la réflexion et un formidable appétit de vivre. Elle aura du coup connu une existence réussie, où son sens de la fête se mariait curieusement bien avec des goûts ascétiques. Zen. Il n'y aura pas de seconde Christa. Et c'est sans doute cela qui constitue aujourd'hui la nouvelle la plus triste.

(1) J'ai appris la nouvelle à mon retour en Suisse le 23 janvier.

Photo (Alexandra Wey): Christa au lancement de son actuelle exposition au Kunsthaus de Zoug.

Texte intercalaire.

 

 

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