Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Coronavirus. Le marchand Bob Haboldt offre une oeuvre en hommage à Amsterdam

Le Rijksmuseum peut rouvrir avec un cuivre de Bartholomeus Spranger. L'oeuvre, présentée à la récente TEFAF, est donnée en mémoire des victimes du coronavirus.

L'ange du Bartholomeus Spranger.

Crédits: DR

Ce 1erjuin 2020, autrement dit le lundi de Pentecôte, le Rijksmuseum d’Amsterdam rouvre ses portes. La chose semble dans la logique européenne. L’institution va cependant pouvoir montrer un nouveau tableau, ce qui risque d’être moins courant ces temps ailleurs. Il s’agit bien sûr d’une œuvre ancienne, vu le caractère de l’institution. Un cadeau. Un petit cuivre a été offert par Bob Haboldt. Ce dernier a dédié son présent aux victimes du coronavirus. «J’ai été touché, surtout émotionnellement. J’espère que d’autres bonnes actions suivront.»

L'intégralité de l'oeuvre. Photo DR.

De quoi s’agit-il? D’une peinture de Bartholomeus Spranger, datant d’environ 1585. Né à Anvers en 1546, mort à Prague en 1611, l’artiste a beaucoup travaillé pour l’extravagant Rodolphe II de Habsbourg. C’est l’un de principaux représentants du maniérisme nordique, avec des compositions mythologiques souvent très sophistiquées. Elles ont exercé une énorme influence, via la gravure. Spranger a aussi produit quelques sujets religieux. Mais peu. Le cuivre en question en constitue un bon exemple. Il représente le Christ mort soutenu par un ange. En larmes, bien sûr! Il s’agit là d’un sujet de dévotion destiné à une clientèle privée. Un cuivre, ce n’est jamais énorme! Le don viendra compléter les deux Spranger que possède déjà le «Rijks», que dirige aujourd’hui Taco Dibbits. L’artiste se voit mieux représenté au Kunsthistorisches Museum de Vienne, via l’héritage des Habsbourg. L'essentiel de son travail se trouve aujourd'hui en Autriche.

New York, Paris et Amsterdam

Qui est Bob Haboldt? Un grand marchand, que l’on croise dans beaucoup de foires. L’homme a ouvert sa première galerie à New York en 1983. Une seconde s’est ajoutée à Paris, rue Saint-Honoré, en 1990. Vu le nombre d’œuvres flamandes et hollandaises anciennes passant par ses mains, notre homme a en plus ouvert un «show-room», comme pour de la mode, à Amsterdam. D’où en partie l’offre actuelle. Les petits cadeaux favorisent l’amitié. Et celui-ci en est un gros.

Bob Haboldt. Photo Galerie Bob Haboldt, Paris 2020.

Mais il n’y a pas que cela. Le tableau avait été vendu à Maastricht en mars 2020. Le client s’est apparemment dédit. Je rappelle que la TEFAF de Maastricht a été l’un des plus gros «clusters» européennes au début de la pandémie. Un marchand italien est arrivé malade… Rien n’a été alors fait, alors que la foire et la Ville avaient promis une sécurité absolue. Il y aurait eu entre 60 et 80 exposants atteints, apparemment sans trop de gravité. Un de leurs collègues suisses, venu comme visiteur, a failli cependant mourir à Lausanne. Il a été plusieurs semaines intubé. Cette situation n’est sans doute pas étrangère au geste de Bob Haboldt, même si l'homme n’en a pas fait mention.

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