Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

CONTEMPORAIN/La revue zurichoise "Parkett" cesse sa publication cet été

Crédits: Alchetron

«Parkett» touche le plancher. Devenue bisannuelle, la revue alémanique cessera sa publication après le numéro 100, annoncé pour cet été. Traçant des ponts entre Zurich et New York, cette publication était en fait proche du livre, ce qui explique son prix élevé. Cinquante-cinq francs, soit le tarif d'un assez beau libre d'art ou d'un gros catalogue d'exposition. Quatre personnes avaient été à son origine en 1984. Il y avait Bice Curiger, Jacqueline Burchardt, Walter Keller et Peter Blum. Le quatuor avait au départ sous-estimé les coûts. L'histoire de la publication s'est donc révélé acrobatique mais, comme le dit aujourd'hui Bice Curiger en martelant un cliché, «nous n'avons jamais vendu notre âme.» 

Il y a trente-trois ans, la situation de la presse et de l'édition n'étaient bien sûr pas ce qu'elle devient aujourd'hui. La publication en ligne n'existait pas. La publicité tombait avec la régularité des feuilles mortes en automne. Il existait davantage de lecteurs, et donc de librairies. En revanche, l'audience d'artistes comme Mario Merz, Robert Gober, Mike Kelley ou Jannis Kounellis, que défendaient la revue, restait confidentielle. Le marché de l'art contemporain n'avait pas encore explosé. On pouvait se montrer avant-gardiste sans apparaître, comme aujourd'hui, un brin conformiste. La revue, qui comprenait un peu de publicité discrètement reléguée à la fin, pouvait ainsi produire et vendre des objets réalisés par des artistes ou produits en tirages limités. Gerhard Richter lui a donné cent cinquante tableaux valant aujourd'hui chacun une fortune. «Parkett» les proposait pour 3000 francs pièce.

Pas de suite en ligne 

Pourquoi arrêter aujourd'hui? Parce que les choses sont devenus trop difficiles selon Bice Curiger. Plus assez de points de vente. Un manque de lecteurs prêts à dépenser 55 francs aussi. La rédaction se refuse pourtant à poursuivre «Parkett» en ligne, même si les 1500 articles parus se verront archivés sur le Net. Bice s'inquiète pourtant de la disparition de la réflexion et de la critique autour de la création, notamment contemporaine. Comme elle le dit dans «Le Temps» du jeudi 9 mars, il avait cinq journalistes pour parler d'art au «Tages-Anziger» quand elle y a débuté dans les années 1970 (Bice est de 1948). Le quotidien zurichois n'emploie plus pour ce faire qu'une seule personne à mi-temps. «Partout la place laissée par les journaux à la culture diminue.» Une opinion à nuancer. Il y avait pas tant d'espace disponible en Suisse romande quand j'ai débuté dans le métier en 1974. «Les technocrates aujourd'hui au pouvoir se fichent de la culture», conclu la dame, désabusée. 

A part cela les choses ne vont pas si mal pour Bice. Elle a fait une très honnête carrière de curatrice au Kunsthaus de Zurich, montant des expositions qui m'ont semblé inégales. En 2011, la Suissesse a signé une Biennale de Venise, par ailleurs pas bien bonne. Elle dirige aujourd'hui, à l'âge où nombre des ses contemporaines s'occupent de leurs seuls petits-enfants, la Fondation Van Gogh à Arles. En plus, «Parkett» a tout de même connu une large audience internationale, bénéficiant même d'un hommage au MoMA de New York en 2001. 

Photo (Alchetron): Bice Curiger en 2013. Elle prenait ses fonctions à la Fondation Van Gogh d'Arles.

Texte intercalaire.

 

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