Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

"Connaissance des Arts" de janvier fait l'éloge du mécénat de la banque Mirabaud

En 2019, pour ses 200 ans, la banque privée genevoise est sortie du bois. La chose commence à se savoir en France. D'où un gros article sur la collection d'entreprise.

La sphère de Not Vital. Au fond la banque Mirabaud, qui a repris le bâtiment de Pictet, parti à Carouge.

Crédits: Banque Mirabaud, Genève 2019.

S’il y en a quin’ont pas perdu la boule, ce sont bien les gens de «Connaissance des Arts». Vous vous souvenez du dévoilement sur la plaine de Plainpalais le 1er octobre dernier du «Moon» de Not Vital. Cette sphère argentée de trois mètres de diamètre représentait la surface de la lune. Avec ses cratères accentués, elle évoquait aussi un fromage d’Emmental mis sous «papier d’alu». L’œuvre avait été placée non loin de la Banque Mirabaud, qui avait offert la chose à la Ville. Je vous avais raconté tout ça.

Un Sylvie Fleury lumineux des collections. Photo Sylvie Fleury, DR.

Dans son numéro de janvier «Connaissance des Arts» brosse donc le portrait de la Collection Mirabaud. Cet ensemble, à ma connaissance, n’a jamais retenu l’attention de la presse suisse. Un monde journalistique qui s’est montré plus disert avec la Collection Pictet. Il faut dire qu’en 2019, année marquant le bicentenaire de la banque privée, Mirabaud est sorti du bois. On savait depuis longtemps que la maison rassemblait des œuvres d’art. C’était au départ de manière très classique, dans son bâtiment faux XVIIIe du boulevard du Théâtre. Le goût de la maison allait aux paysages genevois de Pierre-Louis de La Rive (1753-1817). Ce sage artiste, montré en gloire au Musée Rath en 2002, avait vu sa cote monter à des sommets. Des pics dont il est bien redescendu depuis que Mirabaud s’est mis à l’art contemporain. Il n’y a qu’à suivre les ventes locales. Un De La Rive vaut actuellement dix fois moins qu’il y a trente ans… quand il trouve encore preneur.

Du Prado au Mamco

Pourquoi passer au contemporain? Parce que c’est dans l’air du temps. Il faut montrer que l’on se veut tourné vers l’avenir et non plus qu’on conserve un patrimoine. Aujourd’hui retiré, Pierre Mirabaud a ainsi été (mais, et j’insiste, par choix davantage que par politique) un des partenaires du jeune Mamco. Il a encore aidé il y a peu la publication du beau livre du Centre d’Art Contemporain sur ses quarante ans d’existence. Aujourd’hui, les choix en matière de collection d’entreprise sont assumés par Lionel Aeschlimann,entré dans la maison en 2010. Acquérir des œuvres fait partie d’un projet global pour celui figure parmi les six associés. Ce projet est allé en 2019, année anniversaire, de l’aide pour monter une exposition Alberto Giacometti au Prado à la gratuité pour un an au Mamco, en passant par les éclairages de Geneva Lux.

Lionel Aeschlimann, qui pilote les projets artistiques. Photo DR.

Qu’y a-t-il aujourd’hui dans la collection, que chacun peut découvrir sur le site www.mirabaud.com? De grands noms internationaux, comme on en trouve dans toutes les banques européennes (1). Adoubé par ses collègues, Lionel Aeschlimann a ainsi acquis Thomas Ruff, General Idea, Olafur Eliasson, Imi Knoebel, Nan Goldin, Georg Baselitz ou Marina Abramovic. Mais, à la manière des banques italiennes, Mirabaud entend aussi s’inscrire sur un terrain local. Outre l’inévitable Sylvie Fleury, il y a ainsi dans ses bureaux de Genève, Madrid, Zurich,Luxembourg ou Paris du Fabrice Gygi, de l’Omar Ba ou de l’Alexandre Joly. Les Suisses font la transition entre le local et l’international. Mirabaud a ainsi retenu Silvia Bächli, Franz Gertsch ou Ugo Rondinone. Une forme d’équilibre montrant que les créateurs nationaux ne se situent pas trois crans en dessous des autres. Gertsch ou Rondinone sont bel et bien des stars européennes.

Tout sourire

Voilà. Je ne vais pas vous refaire en entier l’article de «Connaissance des Arts»,qui j’ai du reste pimenté à ma sauce. Il comporte bien sûr de nombreuses illustrations, dont un portrait inévitablement souriant de Lionel Aeschlimann. Mais comment fait-il pour sembler toujours si heureux?

(1) Je vous mitonne,mais j’ai du retard dans mes rédactions, un article sur les collections de banques.

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