Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

CLIMAT/Le journal "Le Courrier" fait le procès de la Bibliothèque de Genève

Crédits: Ville de Genève

Boum, bada boum! Il fallait que l'affaire sorte. Elle se retrouve au aujourd'hui à la une du quotidien «Le Courrier». «La peur règne, on se sent abandonnés.» «De nombreux témoignages sont été d'un climat délétère à la Bibliothèque de Genève», explique le sous-titre. Personne n'avait osé jusqu'ici le dire ans la presse. J'avoue avoir été tenté d'enquêter au vu, ou plutôt à l'entendu de ce qui me revenait aux oreilles. Mais j'avais peur de passer pour le ronchon universel. Il y a en effet des années que la chose dure. «Le Courrier» cite du reste la date de 2014, un moment de grandes «tensions», puisque 34 employés (la BGE en compte environ 180) avaient alors envoyé une pétition à la Ville. Pour le magistrat, qui reconnaît du coup la situation d'il y a trois ans, «l'atmosphère est devenue nettement plus sereine.» Mais on connaît la propension de Sami Kanaan à arrondir les angles. 

Or ceux-ci sont vifs. Jugez plutôt! L'Office cantonal de l'inspection et des relations de travail (OCIRT) enquête à la Bibliothèque. La Cour des Comptes a également été saisie, fin 2016. «La BGE serait le lieu d'une grande démotivation, d'absentéisme et de présentéisme.» Notez qu'on pourrait dire la même chose des Musées d'art et d'histoire (MAH). Je continue en citant mon confrère Rachad Armanios. «Un cadre a longtemps été en arrêt de travail en 2016. Une altercation avec le directeur à la fin de cette année-là a envoyé un autre employé en congé.» Les problèmes seraient en effet liés à la personnalité d'Alexandre Vanautgarden, nommé à la tête de l'institution en 2012. «J'ai assisté à des crises de colère, le directeur perdait son sang froid, personne n'osait rien dire», se souvient un témoin réduit à l'anonymat. J'ajouterai pour ma part qu'une des plus anciennes collaboratrices de la BGE, jamais titularisée, s'est vue écartée à un âge proche de la retraite. Et il n'y a pas eu de discours directorial lors du départ d'une autre, qui préférait ne rien entendre.

Promesse de ne pas récidiver 

En 2014, Alexandre Vanautgarden avait dû jurer qu'il ne s'emporterait plus, «promesse rompue à plusieurs reprises.» Le magistrat avait annoncé un «coaching» (qu'est-ce au juste que cette bête-là?) et un accompagnement professionnel des bibliothécaires. Ceux-ci ont vécu la chose comme une punition pour une faute qu'ils n'avaient pas commise. L'Unité psychologique de travail serait «verrouillée», et n'aurait donné aucune suite aux plaintes. Aujourd'hui le directeur aurait adopté un profil bas, mais il resterait craint. Il suffirait ainsi de laisser ouverte une porte sécurisée pour recevoir un blâme. «Récidivez et vous serez renvoyés», ajoute «Le Courrier». Le journal ne précise pas si Alexandre Vanautgarden veut aussi lire les mails de ses subordonnés, comme le demande au MAH Bénédicte de Doncker, la nouvelle patronne des arts décoratifs dénichée à Orléans... 

Bref. Les choses ne vont pas bien. La réponse de Sami Kanaan au Conseil municipal au PDC Jean-Charles Lathion «a été mal reçue». On reproche au magistrat de toujours déclarer que les gens ne savent pas de s'adapter au changement. «Quelqu'un note qu'à l'époque le directeur avait été confirmé après sa période probatoire, alors que le magistrat avait déjà reçu tous les signaux d'alerte.» On pourrait dire exactement la même chose de la titularisation de Laurence Madeline au MAH, ce qui a mené à terme à une douloureuse (et sans doute coûteuse) séparation. Je terminerai mes citations de Rachad Armanios en précisant qu'Alexandre Vanautgaden a refusé de s'exprimer, «dans la mesure où une procédure est en cours». Sami Kanaan a de son côté envoyé un SMS pour déclarer que «la situation à la BGE est globalement bonne.»

Un Musée Voltaire asséché 

«Le Courrier» consacre un de ses deux encadrés au Musée Voltaire. C'est pour dire, comme je vous l'avais signalé dès l'été dernier, que François Jacob en avait quitté la direction après des années de conflits. Il faut dire qu'il avait brigué en son temps la direction de la BGE en 2012. Dès 2013 (en rétorsion?), le musée avait été privé de son budget propre (rapatrié à la BGE), et donc de son autonomie. Plus d'expositions. Le personnel en a fondu. François Jacob n'est à ma connaissance pas remplacé. Notons au passage qu'en 2015 encore, un vernissage pour la biographie de Voltaire écrite par François Jacob chez Gallimard lui a été refusé au sein... du Musée Voltaire. François Jacob n'a pas désiré répondre au «Courrier», et les courriels que j'ai par ailleurs échangé avec lui sont privés. 

Puisque nous en sommes aux expositions, qui forment après tout le sujet de cette chronique, j'ajouterai que la BGE n'en organise plus guère. Sauf quand elle s'y voit contrainte, comme par le don par les descendants des archives du général Dufour. Elle dispose pourtant dans ce but de l'espace Ami-Lullin. Un lieu coûteusement remis en état avec de très longs travaux il y a quelques années. Je veux bien qu'une présentation muséale semi permanente devait ici se voir repensée. Mais les cogitations me semblent infinies. Depuis le temps... A quoi sert aujourd'hui l'Espace Ami-Lullin, alors que les lecteurs désertent aujourd'hui les salles, à la suite de la numérisation de nombre d'ouvrages d'étude? 

N.B. Je n'ai pas précisé jusqu'ici qu'Alexandre Vanautgarden vient de Belgique. La dernière fois que j'ai écrit qu'il était Belge, j'ai reçu de sa part un mail insinuant que j'étais raciste.

Photo (Ville de Genève): La salle de lecture de la BGE. Notez le nombre des consultants. Je l'ai connue pleine à craquer.

Texte intercalaire.

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