Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Christie's vend un T-Rex 31,8 millions de dollars entre deux oeuvres du XXe siècle

La bête était le clou de la vacation du 6 octobre. Elle a quadruplé son estimation. Les animaux préhistoriques deviennent aujourd'hui un objet de collection très recherché.

Voici Stan.

Crédits: Christie's

Plus d’une semaine déjà, et je n’avais pas trouvé le temps de vous en parler! Mardi 6 octobre, Christie’s a obtenu 31,8 millions dollars pour le clou de sa vente d’art du XXe siècle. Il ne s’agissait ni d’un Matisse, ni d’un Pollock. Ce prix fort a été obtenu par le squelette d’un Tyrannosaurus Rex particulièrement bien conservé. Soixante-sept millions d’années approximativement. De la super-archéologie en quelque sorte.

Bien que haut de plus de quatre mètres et long d’environ dix, le monstre possède un petit nom gentil et familier. C’est Stan. Il faut dire que comme les diamants, les sauriens de son espèce portent volontiers le nom de leur «inventeur», ou de leur premier propriétaire. Or cette bébête a été découverte en 1987 par Stan Sacrison. Un chercheur amateur. Les Etats-Unis n’ont pas la même politique que nous en matière d’excavations. Il faut suivant les Etats juste demander un permis de fouille. Son produit vous appartient, mais là j’avance sur un terrain glissant. Outre Atlantique, les problèmes légaux se révèlent toujours infiniment complexes et les avocats aussi voraces que le T-Rex il y a des millions d’années.

Une fois par génération

Découvert dans les Badlands, Stan était presque en parfait état. On a même découvert à l’emplacement de son ventre l’edmontosaurus et le triceratops qu’il était en train de digérer. Son remontage n’en a pas moins demandé des milliers d’heures. Il a ensuite pu commencer sa carrière dans de grandes expositions. Christie’s ne précise pas comment la chose se retrouvait à vendre. Il y a comme cela des pudeurs. Pour James Hyslop, le spécialiste des «naturalia» dans la maison, il s’agissait d’une occasion survenant une fois par génération. D’où le prix. Hyslop précisait bien que ce dernier était aussi dicté par le caractère devenu mythique du T-Rex, une variété de saurien connue depuis le début du XXe siècle seulement. «C’est un «brand» comme peuvent l’être Jeff Koons, Andy Warhol ou Picasso.» Il est clair qu’un paisible herbivore de la même époque n’aurait jamais fait 31,8 millions de dollars. Cela dit, l’estimation a tout de même été quadruplée.

Les ventes de squelettes préhistoriques forment un champ nouveau pour les maisons de vente internationales et nationales. En juin 2018, un exemplaire a ainsi été adjugé au premier étage de la Tour Eiffel par Aguttes, qui avait voulu créer un événement spectaculaire. Les enchères s’étaient arrêtées à deux millions d’euros. Il avait fallu auparavant monter les os. L’acheteur a ensuite dû payer les frais pour leur descente... Plus récemment, le 9 octobre 2020, un allosaure a changé de mains, si j'ose dire vu sa taille. Ce "grand-père" du T-Rex, vieux de 150 millions d'années, s'est vendu un peu plus de deux millions d'euros à Drouot. Une misère?

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