Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

La maison Christie's va vendre en juillet à Londres un (vrai) dessin de Léonard de Vinci

La minuscule feuille représente une tête d'ours. Il s'agit là d'un des huit dessins de l'artiste encore en mains privée. D'où l'estimation très élevée.

L'ours en question.

Crédits: Christie's, Londres 2021.

Quand un vantard se targue de sa réussite de manière un peu prématurée, on dit qu’il «vend la peau de l’ours avant de l’avoir tué.» Christie’s prend cette fois peu de risques. En juillet, lors de sa traditionnelle vente de dessins à Londres, la vedette sera en effet l’une des huit feuilles restant en mains privées de Léonard de Vinci. Un minuscule bout de papier préparé rose, mesurant sept centimètres sur sept. C’est là que l’auteur de «La Joconde» a représenté une tête d’ours à la pointe d’argent. Il existe comme cela un certain nombre d’études d’animaux de sa main. Elles représentent en général des chevaux, bien sûr, mais aussi des chats et des chiens.

Sûre, l’œuvre a en plus une belle provenance. Elle a appartenu à Sir Thomas Lawrence (1769-1830), qui avait rassemblé le plus bel ensemble de dessins jamais regroupés par une seule personne. Des dizaines de Raphaël, de Michel-Ange ou de Léonard... Le grand portraitiste s’y était d’ailleurs ruiné. Il aurait voulu que le roi, le British Museum ou Oxford achète le tout après sa mort, ce qui eut du même coup épongé ses dettes. Il n’en a rien été. Le fastueux George IV est décédé en même temps que lui. Le BM et Oxford n’étaient pas intéressés, ou trouvaient la somme excessive. Les milliers de pièces ont été émiettées au fil des années… L’ours réapparaîtra du coup en 1860 chez Christie’s, qui le vendit à l’époque deux livres et demie. Un prix honorable sous le règne de Victoria.

Entre 8 et 12 millions de livres

Christie’s en espère aujourd’hui bien davantage. L’estimation se voit comprise entre 8 et 12 millions de livres, ce qui fait cher pour 49 centimètres carrés. Elle se base sur le prix atteint dans la même maison par un minuscule «Cavalier» en 2001. Huit millions de livres. Un sujet plus attrayant pour certains, même si l’ours évoque aujourd’hui le nounours. Avant la vente, l’œuvre se verra comme de juste exposée à New York, à Hongkong et à Londres. La vacation, si tout va bien, devrait se dérouler en public, ce qui se révèle toujours plus sexy.

Si Christie's parle de huit dessins en mains privées, sa liste (non dévoilée) n’inclut pas les pièces aujourd’hui conservées par les Devonshire au château de Chatsworth. Cela dit, la famille ducale vend parfois pour réparer un toit ou le chauffage. Il y a bien sûr aussi les centaines de feuilles se trouvant dans le portefeuille d’Elizabeth II. Mais le Royal Trust a cessé d’être privé de par la volonté de la souveraine. Il s’agit donc là d’une collection aujourd’hui muséale.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."