Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Christie's va proposer son lot le plus cher jamais mis en ligne. C'est un diamant

Le caillou est estimé entre un et deux millions de dollars. La multinationale multiplie les ventes "online". Elle intéressent de nouveaux amateurs et permettent de réduire les frais.

Le diamant si pur. Type D.

Crédits: Christie's

Taille émeraude. C’est un gros caillou très blanc que proposera Christie’s «online» entre le 16 et le 30 juin. Ce diamant de 28,86 carats est de catégorie D, précise la multinationale. Autant dire qu’il se révèle parfaitement pur, ce qui reste bien entendu très rare. Seules des pierres trouvées en Golconde (c’est aux Indes), en Afrique du Sud ou au Brésil possèdent cette transparence un peu froide.

Vous me direz que ce joyau n’a rien à voir dans cette chronique. Eh bien si! Il s’agira du lot le plus cher jamais proposé par Christie’s en ligne. L’estimation basse est d’un million de dollars. La haute de deux millions. L’espérance doit en fait se situer très en dessus. J’ai noté que dans les précédentes ventes aux enchères en ligne de l’illustre maison, les évaluations demeuraient toujours faibles afin que tout parte et que la compétition entre acheteurs devienne plus aiguë. Lors de la cession d’avril, puisque Christie’s compte désormais avoir une vente de bijoux en ligne par mois (même en été!), le 99 pour-cent des pièces a ainsi trouvé preneur. Les amateurs intéressés peuvent découvrir les parures dans une «viewing room» virtuelle. J’espère qu’elles possèdent tout de même quand ils les reçoivent une existence matérielle…

Plus de gros catalogues!

La chose répond à de nouvelles pratiques. Les acheteurs des précédentes opérations "online" Christie's, qui venaient de 150 pays, n’avaient pas l’occasion de se déplacer. Ils ne possédaient par ailleurs aucune connaissance des enchères classiques. Pourquoi bouger? On vous explique aujourd’hui, comme le faisaient déjà si bien les applications avant l’arrivée du Coronavirus, qu’il faut toujours rester à la maison et ne jamais parler directement à personne. Cela dit, la chose arrange aussi les maisons de vente, qui ne sont pas des organisations caritatives. Les locations de salles sont chères pour peu de clients à l’intérieur. Les épais et lourds catalogues n’ont plus besoin de se voir imprimés, et surtout envoyés. Il y a besoin de moins de personnel, même si celui-ci doit envoyer beaucoup de rapports de conditions. Les échutes (droits) à payer restent en revanche toujours les mêmes.

La pandémie a multiplié les ventes en ligne. Les maisons les plus technologiques ont tiré leurs marrons du feu, tandis que les autres sombraient. Plusieurs vacations de l’Hôtel Drouot, à Paris, se sont ainsi terminées dans la plus totale confusion. Va-t-on du coup vers une dématérialisation complète du marché de l’art? Oui, selon Thierry Ehrmann, le directeur d’Artprice. «Tout bon acheteur qui se respecte enchérit à distance.» Moi je veux bien, mais où est le plaisir? Le spécialiste rapproche la chose des cours académiques mis sur le Net. Plus besoin d’université matérielle. Rien ne nécessite en fait aujourd’hui d'existence charnelle. Et si on en profitait pour dématérialiser Thierry Ehrmann?

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