Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Christie's va disperser à Paris le contenu du château de Bellerive de Sadruddin Aga Khan

Le domaine avait été décoré par Henri Samuel, qui faisait alors le goût. Les collections d'art islamique du prince ne feront pas partie des vacations. Elles ont rejoint un musée.

L'un des salons décorés par Henri Samuel.

Crédits: Christie's.

A chacun ses vedettes. Si Artcurial annonce à Paris la vente de la «Collection Jeanne Moreau» pour le 22 octobre, Christie’s Paris proposera celle de Sadruddin Aga khan et de sa seconde épouse Catherine (1) prévue le 1er. Rien n’a encore filtré des possessions de l’actrice de «Jules et Jim». En revanche, les ventes Sadruddin sont déjà lancées. Elles auront lieu bien plus tôt, la partie en ligne débutant le 23 septembre déjà. Le meilleur reste cependant réservé à une vente, assez mondaine, à la criée. C’est dans l’ordre des choses.

Sadruddin Aga Khan (1933-2003), qui avait été haut-commissaire aux réfugiés de l’ONU entre 1965 et 1977, vivait au château de Bellerive. A quelques kilomètres de Genève, donc. Il avait fait aménager le bâtiment, situé au bord du lac, par le décorateur Henri Samuel. Une autorité en la matière à l’époque. Mort en 1996, Samuel fait partie des derniers ensembliers de la grande tradition française. Il y avait là des meubles de Diego Giacometti ou de Claude Lalanne, qui valent aujourd’hui si cher. Du Picasso comme de l’Isabelle de Borchgrave. C’était une maison à vivre. Les vacations ne comprendront en effet ni les sculptures africaines de l’Ismaélien, dispersées en 1985, ni surtout sa prestigieuse collection d’art islamique. Cette dernière, exposée au début des années 2000 par le Musée d’art et d’histoire de Genève, a rejoint l’Aga Khan Museum de Toronto. L’ensemble est vraiment magnifique.

Fleurs de rhétorique

Ce sont donc des restes qui finiront chez Christie’s. La chose n’empêche pas l’illustre maison d’emboucher les trompettes de la renommée. Son service de communication enterre une deuxième fois le collectionneur, cette fois sous des fleurs de rhétorique. Le couple formé par Sadruddin et Catherine était composé d’un homme et d’une femme «visionnaires, engagés et très en avance sur leur temps.» C’étaient les «chefs d’orchestre de projets philanthropiques essentiels». Une allusion à leur Fondation humanitaire Bellerive, qui a fusionné avec celle de l’Aga Khan en 2006. Leur collection leur ressemble, comme il se doit. «Elle est à la fois fondamentalement universelle et personnelle.» N’en jetez plus!

Nina Dyer, Sadruddin et la Bégum sa mère (ex-Miss France) devant le château de Bellerive. Nous sommes au milieu des années 1950.

Les œuvres à vendre seront visibles à Paris 9, Matignon du 26 au 30 septembre. Il faudra selon moi beaucoup y chercher l’essentiel. Il est en effet depuis longtemps parti à l’Aga Khan Museum.

(1) Le prince avait auparavant épousé l’extravagante Nina Dyer, fraîchement divorcée du baron Thyssen. La dame avait l'habitude de se faire couvrir de bijoux.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."