Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

CHÊNE-BOURG/Cyril Kobler montre la photo de Jean Mohr, oublié par Genève

Crédits: La Liberté/DR

Il y avait du monde, mardi soir, pour assister au vernissage de l'exposition Jean Mohr chez Cyril Kobler à Chêne-Bourg. Normal! L'homme constitue en quelque sorte le grand-père de la photographie genevoise. Né en 1925, il recevait du coup les hommages respectueux de ceux et celles qui défilaient devant le fauteuil (du genre Le Corbusier réédité), où il se tenait recroquevillé au fond de la galerie. Les gens restaient dans l'ensemble troisième âge, mais il y avait tout de même là de jeunes confrères, leur jeunesse frôlant malgré tout la cinquantaine. Il faut dire que, comme le souligneront plus tard les discours, Mohr n'est pas (ou plus) prophète dans sa ville, en dépit des efforts acharnés de son épouse Simone. Acquises par la Fondation Wilsdorf, ses archives se trouvent d'ailleurs depuis 2009, après un imbroglio très genevois, à l'Elysée de Lausanne. Une chose qui aurait pu se voir rappelée mardi. 

Créateur du bel espace portant son nom, après avoir dirigé une autre galerie tout près de L'Usine, Cyril Kobler a pris le premier la parole afin de rendre hommage à l'ancêtre, qui a fait un pré-choix de ses images, la sélection définitive étant assurée par sa femme et Cyril, qui est aussi photographe. «Au début, tout nous opposait. Vous parcouriez le monde, alors que je travaillais en studio. Vous étiez un reporter, alors que je restais un publicitaire. Aujourd'hui, vous êtes un humaniste, tandis que je rentrerais dans la catégorie des plasticiens.» La chose n'empêche pas le maître des lieux de pallier les carences publiques. La rétrospective Mohr se fait attendre chez nous. C'est l'Elysée qui a organisé une exposition itinérante «Avec les victimes de guerre» ayant connu 52 étapes dans une quarantaine de pays. Un beau résultat, même si l'humanitaire pointe ici le nez derrière l'humanisme.

Une nuit de la photographie à Genève dès cet automne 

Sami Kanaan s'était déplacé. A l'étranger, serait-on tenté de dire puisque le magistrat quittait son territoire communal. C'était pour lui l'occasion de se lancer dans un plaidoyer pour le 8e art. Si Monsieur Culture n'a pas rappelé l'existence des «50 jours pour la photographie» créés par son prédécesseur Patrice Mugny, il a insinué que Genève ne possédait aucun vrai lieu pour les images argentiques ou numériques. «Une exposition comme «Révélations» au Musée Rath a pourtant rappelé la richesse des collections, tant publiques que privées, dans notre canton.» Il me semblait qu'il existait pourtant le Centre de la Photographie, logé au Bâtiment d'art contemporain, mais je dois me tromper. Son directeur Jörg Bader se trouvait pourtant dans l'assistance... Toujours est-il que le magistrat, qui dispose d'une conseillère pour la photo, va y mettre bon ordre. Dès cet automne, Genève connaîtra ainsi sa première «Nuit de la photographie». Un peu hors-saison. Une fois de plus, Genève court après Lausanne et l'Elysée, où elle se déroule plus logiquement au solstice d'été. 

Jean Mohr s'est ensuite levé afin de dire quelques mots. De remerciements, surtout. Il n'y avait plus qu'à bavarder ensuite, et tout de même à regarder. Dans cet espace blanc magnifique, difficile à localiser au fond d'une cour et dénué de toute publicité, il se trouve des images connues bien sûr. Chaque artiste possède ses «icônes». J'ai ainsi reconnu aux murs, dans de bons tirages d'époque (tout est à vendre, je le précise), aussi bien la Plaine de Plainpalais en 1956, que la légendaire performance Abramovic/Ulay au Musée d'art et d'histoire en 1977. La célèbre photo de mariage, dont Mohr a décapité les protagonistes. New York. Le monde en guerre. Que du noir et du blanc.

Une bonne impression 

Ainsi concentré, l’œuvre de Mohr fait bonne impression. Il reste important pour l'histoire du 8e art en Suisse. Il faut cependant demeurer circonspect. Il existe du beau monde ailleurs, et notamment en France, dans la photographie de reportage. Difficile d'atteindre le niveau d'un Cartier-Bresson dans ses bons jours (car il en a aussi connu de mauvais). Dur de rivaliser avec Marc Riboud, aux réalisations très construites et aux lumières magnifiques. 

Cyril Kobler, qui sait réussir de beaux accrochages et organiser d'intéressantes réunions pour les amis de la photo, éprouve plus de mal à faire connaître son espace. J'ignore ainsi, vu le brouhaha de mardi, jusqu'à quand dure son exposition Mohr. Ce que je peux vous dire est que son adresse se situe 52bis, rue de Genève à Chêne-Bourg, que son téléphone est 022 348 05 36. L'adresse mail est espacecyrilkobler@bluewin.ch Le site, très lacunaire, www.cyril-kobler.com. L'horaire de visite est mardi, mercredi et jeudi de 14h30 à 19h, ou sur rendez-vous.

Photo (DR): Jean Mohr en 2013, avec l'une de ses images.

Prochaine chronique le lundi 6 mars. Un livre rappelle "Le grand pillage" des Soviétiques dans l'Allemagne en ruines de 1945.

 

 

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