Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Cette fois-ci, ça y est, Le MCB-a lausannois a été inauguré jeudi

Discours et visites. Je vous résume. Je vous décris aussi les parties auxquelles je n'avais pas encore eu accès, de la librairie à l'Espace Projet du rez-de-chaussée

Les mappemondes de Julian Charrière. En plein dans le sujet!

Crédits: Odile Meylan, 24 Heures.

Cette fois-ci, ça y est. C'est devenu réel. Concret. Le Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne (MCB-a de son petit nom) a été inauguré le jeudi 3 octobre. En deux fois. Il y a eu une première fournée officielle le matin, la presse ayant été conviée le 1er octobre. Et le soir, à 17 heures, c'était au tour des gens de musées, des collectionneurs, des galeristes et autres personnages du petit milieu de l'art. Discours (au pluriel) sous une tente dressée près de la gare. Puis visite libre des locaux abritant jusqu'en janvier l'exposition «Atlas, Cartographie du don».

Comme à chaque grande étape du chantier, ils étaient six orateurs. Dans le même ordre que la dernière fois. Priés de faire bref. Cinq minutes chacun. Ce n'est pas que le temps semblait précieux, mais il y avait tout de même du monde. Et qui dit monde pense tout de suite dissipation. Le public savait qu'il aurait droit à beaucoup d'hommages, même «s'il est impossible de remercier tout le monde.» Et puis les gens avaient tout de même envie de voir un accrochage qui se déploie tout de même sur 3200 mètres carrés.

Humeur optimiste

Nicole Minder a donc ouvert les feux, alors que le soleil brillait dehors comme en signe d'approbation. Un soleil qui était déjà bien là pour la journée d'avril 2019 où les mêmes assistants, ou presque, découvraient le bâtiment vide. La cheffe des affaires culturelles vaudoises souhaitait la bienvenue pour un «moment historique». Elle a rappelé que le 70 pour-cent des Suisses visitait au moins un musée dans l'année. «Rien ne remplace le contact avec les originaux. Je pense que ce type d'institutions a encore de beaux jours devant lui.» L'humeur était à l'optimisme.

Le John Armleder que le musée souhaite acquérir. Photo Odile Meylan, 24 Heures.

Pascal Broulis, Conseiller d'Etat en charge de la construction, a ensuite souligné le caractère pérenne des musées et de leurs collections. «Les politiques ne font que passer.» Le politicien s'exerce à la modestie. Puis est venue Cesla Aramelle, Conseillère d'Etat chargée de la culture. «La prospérité d'un pays dépend du niveau d'éducation de ses citoyens. Il faut donc encourager la culture sans pour autant la dicter. Notre devoir est de la rendre accessible à tous. Il s'agit là d'une tâche noble.» Catherine Labouchère est venue rappeler le rôle de la Fondation de soutien de Plateforme10. André Malraux et Victor Hugo ont été cités au passage.

"Fier, heureux et soulagé"

Président du Conseil de fondation du MCB-a, Olivier Steimer s'est dit «fier, heureux et soulagé». Dix ans de travail, c'est long. «Et pourtant nous n'en sommes qu'aux débuts.» Il faudra maintenant faire vivre l'institution, notamment par ses expositions temporaires. «Le but premier reste de faire rayonner le musée comme un élément majeur du paysage en Suisse et à l'étranger.» Vaste ambition, vu la concurrence, ne serait-ce que nationale. Mais on sait que l'équipe dirigée par Bernard Fibicher compte monter entre huit et dix manifestations par an.

Le Veveysan Alain Huck est très présent dans l'accrochage. Photo Odile Meylan, 24 Heures.

Bernard Fibicher a comme de juste conclu la partie orale. Il a commencé par remercier les artistes, dont beaucoup parsemaient l'assistance, du trublion Gianni Motti à Vincent Kohler en passant par Olivier Mosset «C'est pour eux que se crée un musée.» Il a ensuite rappelé devant un parterre de donateurs (et surtout de donatrices) qu'«Atlas» constitue une «mappemonde de la générosité». L'actuelle exposition se limite à 349 œuvres, mais cela fait déjà beaucoup.

Un escalier bien utile

Il n'y alors plus eu qu'à gagner l'entrée. Au passage, la foule remarquait les bancs circulaires formés de ronds de béton penché, signés INCH. Il y a aussi la locomotive verte, rappel du passé ferroviaire. Une coproduction entre Mosset le Français Xavier Veilhan. Je n'ai pas pu me retenir de grimper sur l'escalier menant à l'avenue Ruchonnet. Un escalier qui deviendra bien utile quand la gare voisine entrera en travaux. J'ai admiré d'un côté les beaux immeubles 1930 de la rue. J'ai surtout constaté que l'édifice devant abriter en 2021 l'Elysée et le Mudac arrivait enfin à fleur de terre. Des ouvriers s'y activaient. Et ce n'étaient pas des figurants, comme dans certaines galeries chic new-yorkaises, chargés de faire venir les vrais visiteurs...

Alice Pauli devant un Soulages. Photo 24 Heures.

Le bâtiment, maintenant. Je vous ai déjà presque tout dit. Je n'avais cependant pas vu la salle finale. «Atlas» se termine par un «Index». Une immense halle où les oeuvres apparaissent comme des citations, de Balthus à Jannis Kounnelis. Le portrait de Marie de Nemours, princesse de Neuchâtel, par Rigaud met là une touche ancienne. D'autres ponctuations se veulent hyper-contemporaines. Il y a des curiosités. J'ai ainsi remarqué un Emile Chambon. Un vrai Chambon. Pas un de ces petits machins comme on en voit tout le temps en salles de vente.

Qui sont les donateurs...

En refaisant le parcours pour arriver au rez-de-chaussée, j'ai lu les cartels qui ont été ajoutés depuis ma première visite. Un peu sommaires, je dois dire. Le plus intéressant est d'y noter les provenances. Alice Pauli pourrait presque se voir associée au sigle du MCB-a. Elle a énormément offert. Le couple formé par Alain et Suzanne Dubois (Alain est aujourd'hui décédé) a également signé une très importante promesse de dons. Avec des pièces un peu dans le même style qu'Alice. Il y a un envoi personnel de Pierre Soulages. On m'a présenté un monsieur qui s'est séparé de plusieurs Vallotton particulièrement originaux. Il ne faisait pas le fier pour autant.

Au rez-de-chaussée, il me restait à découvrir la librairie, particulièrement réussie. Un peu de maximal dans un musée à l'architecture par ailleurs minimale. Du noir à la place du blanc, avec des livres et quelques objets. Je vois mal ce qu'une râpe à fromage, même signée Alessi, vient faire ici, mais elle présente très bien dans une vitrine. Juste à côté, autre découverte pour moi en ce jeudi, il y a l'Espace Projet. Beaucoup de contemporains, avec un grand Alexandre Calame venu jouer les grands-pères. Au milieu de l'espace trônent quatre Sylvain Croci Torti ronds (énormes évidement, comme tout ce que fait le Vaudois) formant un carré. Un défi à la géométrie.

Pratique

Il y avait encore beaucoup de monde, mais c'était la fin. On attendra samedi pour les portes ouvertes. Prévoyez une ruée si vous y allez samedi ou dimanche. Je rappelle vite le site, www.plateforme10.ch Une foule d'animations sont agendées. Visites. Animations. Concerts. Regards. Ateliers. Et j'en passe. Pour tout dire, je ne suis pas encore arrivé au bout du dépliant...

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