Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

C'est un pari risqué. La Biennale d'architecture de Venise a ouvert ses portes

Repoussée à 2021, elle s'intitule "How Will We Live Together?". Le commissaire en est Hashim Sarkis. Il faudrait un "contrat spatial" remplaçant le "contrat social".

L'un des modèles d'affiche pour la Biennale. Il en existe en effet plusieurs.

Crédits: Biennale diu Venezia.

Sept mille personnes accréditées, dont 2500 venant de l’étranger. Mille cent journalistes, qui pouvaient participer aux trois journées de pseudo vernissage. Il s’agissait en fait de visites libres. Cinq mille billets vendus à l’avance, alors que le site permet d’en acquérir depuis des mois et que les dates n’ont pas changé ici, comme souvent ailleurs. Là, c’est en revanche peu si l’on pense que l’événement attire en temps ordinaire environ 200 000 personnes. La Biennale de Venise, qui propose depuis le 22 mai sa 17e édition pour l’architecture, se porte pourtant bien dans l’ensemble. Elle durera de toute manière jusqu’au 21 novembre. Un jour lointain d’ici lequel tout peut changer. Ou basculer. On espère en bien.

"Elemental", sur le bassin de l'Arsenale. Photo Marco Zorzanello.

Je ne suis pas allé cette fois à Venise, même si j’en aurais eu très envie. Soyons honnêtes à ce propos. J’ai pensé qu’il fallait tout de même vous signaler l’événement. Je vous rappelle qu’il s’agit là d’une Biennale repoussée d’un an. Elle reste toujours placée sous la houlette de l’Américano-libanais Hashim Sarkis, qui l’avait intitulée bien avant la pandémie «How Will We Live Together?». Les participants ne se sont pas défaussés. Outre les présentations prévues aux Giardini et à l’Arsenale dans Venise même, il y a en effet une annexe dans Marghera, sur la Terre ferme. Plus 61 pavillons nationaux. Cela reste moins que pour une Biennale des beaux-arts, certes. Mais cela fait malgré tout beaucoup.

Echos encore faibles

Si tous les éléments sont réunis pour cette première mouture placé sous la direction du nouveau président Roberto Cicutto, j’avoue avoir cependant eu de la peine à en trouver des échos dans la presse ne serait-ce qu’italienne. Elle a fait son devoir de présence pour la conférence tenue pour Hashim Sarkis. Pour le moment, les journaux et magazines ne sont guère allés au-delà. Qui verra en effet cette Biennale, surtout en ce moment? Il en circule donc le message du commissaire (lisible sur le site de la Biennale) et quelques images. Assez spectaculaires ces dernières, je dois dire. Il doit y avoir des mois que les différents chantiers étaient en cours. Je vous en ai sélectionné quelques photographies.

Maison fibre, à l'Arsenale. Photo Marco Zorzanello.

Le discours du commissaire apparaît lui d’une ambition démesurée. Si Sarkis n’a pas eu un mot sur les détails techniques, ni même sur le «Lion d’or» décerné de manière très posthume à l’Italo-brésilienne Lina Bo Bardi, il s’est montré intarissable sur le «contrat spatial» devant à ses yeux remplacer le «contrat social». Il s’agit de diviser l’espace terrestre non seulement entre les humains, qui prennent on le sait trop de place, mais entre eux, les animaux et les plantes. Tout doit garder ou retrouver sa place. Nous sommes ici placés sous le signe de l’écologie dure. Chez les humains, il faudrait aussi que les périphéries trouvent un poids réel par rapport aux centres urbains, que l’architecte parle plus ou moins de détruire. Peu de chances qu’il se voit ici entendu!

Double présence suisse

Il y a donc un peu de cela dans les pavillons nationaux. La Grande-Bretagne évoque Jérôme Bosch avec un «Jardin des délices». La Hongrie a semble-t-il fait grande impression grâce à «Othernity», alors qu’on ne parle d’ordinaire jamais d’elle à Venise. Avec «Fading Borders», il est question des cinq millions d’habitants qui ont quitté la Roumanie pour tenter leur chance ailleurs. La Suisse se retrouve comme de coutume doublement présente. Il y a son «Salon» en ville, placé sous la direction d’Evelyne Steiner du Zentrum Architektur de Zurich. Le pavillon des Giardini est lui occupé par Mounir Ayoub et Vanessa Lacaille, du Laboratoire d’architecture de Genève. Plus Fabrice Aragno et Pierre Szczepski.

A l'Arsenale toujours. Photo Irene Fanizza.

Voilà. Je crois que je vous ai dit l’essentiel. Il consiste en fait pour le moment en images, dont certaines pourraient tout aussi bien sortir d’une Biennale delle arte visive. Une autre forme d’hybridation.

Pratique

«17e Biennale d’architecture», Giardini, Arsenale Forte Marghera, Venise jusqu’au 21 novembre. Site www.labiennale.org Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 19 heures jusqu’au 31 juillet, ensuite de 10h à 18h. La «prévente», nominative, se fait exclusivement en ligne. Le site ne précise pas si des billets peuvent s’acquérir le jour-même sur place.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."