Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

C'est parti! Piguet et Genève Enchères proposent leurs ventes aux enchères de décembre

Les deux maisons ont choisi les mêmes jours. On visite du 7 au 9 décembre, les vacations durant du 10 au 13 décembre. Il y a un peu de tout. J'ai aussi bien noté des meubles Louis XVI importants qu'un mammouth en peluche ou des pipes à opium.

Les deux meubles d'appui d'Etienne Levasseur estimés entre 80 000 et 120 000 francs.

Crédits: Piguet, Genève 2018

Décembre, mois des Fêtes. C'est reparti pour les maisons de vente genevoises. Les sœurs ennemies proposeront cette fois leurs visites et leurs vacations en même temps. C'est frustrant pour les acheteurs, mais apparemment pas pour ceux viennent de loin. Ils font coup double. Un minimum d'investissement temps. Pour ce qui est des autres types d'investissements, je ne saurais me prononcer. Je note juste que la partie russe de ces événements de fin d'année diminue. Finies les correspondances impériales chez Piguet. Une canne à tête de bouledogue sortie des ateliers de Carl Fabergé à Genève Enchères (entre 10 000 et 15 000). Plus, dans les deux maisons, des toiles de Nicolas Tarkhoff (1871-1930). Cet artiste prolifique, pour ne pas dire plus, était un favori d'Oscar Ghez, le créateur du Petit Palais à Genève. Il avait acquis son atelier, d'où des ventes ultérieures sporadiques. Il y a des moments où trop c'est quand même trop.

A l'heure où je vous écris (le 25 novembre au soir, avec ma robe de chambre et une tasse de thé), les catalogues ne sont pas encore sortis de presse. Sauf sans doute celui de la vente Gilbert Albert. Je vous ai déjà parlé de la dispersion de 427 lots de l'orfèvre genevois, aujourd'hui âgé de 88 ans. J'ai vu depuis les bijoux et les objets montés, qui tiennent du fonds de commerce. Piguet avait loué un espace au Beau-Rivage la semaine où Christie's et Sotheby's vendaient leurs poids lourds en fait de joaillerie. Inutile de dire qu'il semblait difficile de régater avec la perle de Marie-Antoinette. On sait qu'elle s'est vendue depuis 36 millions, comme il peut exister 36 chandelles. Un étourdissement collectif. Il semble clair que les dits catalogues sont arrivés chez les acheteurs entre-temps. Il faut préparer le terrain avant les journées du vendredi 7, du samedi 8 et du dimanche 9 décembre où les amateurs (enfin ceux qui n'auront pas été invités lors des cocktails du jeudi 6) viennent flairer la bonne affaire.

Estimations incitatives

Pour cette édition, il ne faut pas imaginer des choses fabuleuses prisées à des prix fous. Nous restons sur terre, bien loin du milliard de dollars engrangé par Christie's à New York en novembre pour sa semaine consacrée à l'art moderne et contemporain. Je commencerai par Piguet, dont la maison célèbre ses 40 ans en 2018. Beaucoup de lots, pour bonne partie en vente silencieuse. En couverture du catalogue une somptueuse paire de meubles d'appui signés Etienne Levasseur, un des plus brillants ébénistes du temps de Louis XVI. Un décor à la Boulle, revu par le néo-classicisme. Entre 80 000 et 120 000 francs. Sans doute davantage. Comme toujours à Genève, les estimations demeurent basses. On dit dans ce cas qu'elles se veulent incitatives.

Quoi d'autre chez Piguet, qui propose parallèlement une ravissante travailleuse du même Levasseur (entre 12 000 et 18 000)? Je vous livre ma sélection personnelle. Il y a des assiettes en Sèvres de 1847 faites pour Louis-Philippe (entre 300 et 600). De la porcelaine de Nyon en veux-tu en-voilà, à des prix dérisoires. Il y a comme cela des choses qui se démodent. Dix-nuit assiettes en Meissen d'avant 1914, qui auraient ravi ma grand-mère, devraient coûter entre 200 et 300 francs. On se croirait à la Migros. La maroquinerie a par contre le vent en poupe. J'ai noté deux Birkin d'Hermès, l'un en crocodile, l'autre en alligator. Piguet attend de 20 000 à 30 000 pour le premier et entre 25 000 et 35 000 pour le second. L'affaire est dans le sac. Mais aussi ailleurs. Un manteau en croco anthracite du même Hermès se retrouve avec des espérances de 20 000 à 30 000. Les animaux ont dû vendre chèrement leur peau.

Achat patrimonial

Et autrement? Eh bien un peu de tout. Il y a aussi bien une Vierge lorraine en pierre du XIVe siècle à 8000-12 000 francs que de l'archéologie provenant d'un certain Monsieur R, d'un Monsieur B et d'un M et d'une Mme M. Des pièces acquises il y a longtemps certes, mais plutôt modestes. Dans un autre genre, Piguet n'offrira pas moins de 36 pipes à opium. Si vous voulez ouvrir votre fumerie, c'est le moment. Plus fou, j'ai remarqué un cerf et un mammouth en peluche. Pour très grands enfants. Le cerf mesure tout de même deux mètres de haut. Plus sérieux il y a, provenant de l'inépuisable collection Givaudan, une tabatière avec des miniatures attribuées à Van Blarenberghe (entre 15 000 et 20 000). Ou deux dessins de Liotard. Prisés entre 8000 et 12 000 francs, apparemment insolés, ils ne me semblent pas figurer dans le catalogue raisonné naguère établi par Anne de Herdt. Ils sont vendus en même temps que l'unique pastel connu de Jean-Michel Liotard, le frère jumeau de Jean-Etienne. L'achat patrimonial par excellence. L’œuvre représente «La Géométrie», mais une géométrie très décolletée (entre 5000 et 8000).

Et chez Genève Enchères? Là, le catalogue propose comme couverture un cheval. Un cheval peint en 1787 par Bénigne Gagneraux. Il s'agit d'un peintre rare. D'origine dijonnaise, l'homme a vécu à Rome avant de se suicider à Florence. Le trio de Genève Enchères ne prévoit que 2000 à 3000 francs, mais je le soupçonne de pousser au crime. Il faudra peut-être rajouter un zéro. Les ventes dureront ici un jour de moins, dans une ambiance plus familiale. Plus détendue aussi, avec un numéro d'Olivier Fichot en commissaire-priseur-histrion à ne manquer sous aucun prétexte. Ma chaise est du reste déjà réservée. Parmi les choses qui m'ont marqué, il y en a une de circonstance, après le 11 novembre. C'est «La messe de Noël de 1914 dans les carrières de Confrecourt» de l'inconnu Louis Tinayre (entre 2000 et 3000). Une toile d'un goût très Orsay. Un magnifique collier de Castellani du XIXe, dans le style étrusque (de 8000 à 12 000). Idéal pour se faire enterrer plus tard. Un déluge d’œuvres de Stéphanie Guerzoni, qui fut une élève de Ferdinand Hodler. Un tableau d'Oguiss, l'Utrillo japonais (10 000-15 000).

Il y aura enfin, sur la Rive droite, beaucoup d'arts décoratifs du XXe siècle. Il s'agit là de la suite (mais pas la fin) de la succession d'un «gentleman genevois», comme on a disait dans les catalogue précédents. Des céramiques genevoises, mais aussi nationales et internationales. Il en faut pour tout le monde.

Pratique

Piguet, 51, rue Prévost-Martin, Genève, visites les vendredi 7, samedi 8 et dimanche 9 décembre de 12h à 19h. Ventes du 10 au 13 décembre. Tél. 022 320 11 77, site www.piguet.com Genève Enchères, 38, rue de Monthoux, Genève, visites le vendredi 7, le samedi 8 et le dimanche 9 de 12h à 19h. Tél. 022 710 04 04, site www.geneve-encheres.ch

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