Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

C'est J. Tomilson Hill qui aurait acheté le Caravage de Toulouse

La révélation du "New York Times" donne un coup de projecteur sur ce roi des"hedge funds". Ce collectionneur d'art ancien et moderne vient d'ouvrir son musée à New York.

L'Américain dans son appartement, décoré par Peter Marino.

Crédits: Sotheby's

Le nom a fini par sortir. D'abord dans le «New York Times», sous la plume de Robin Pogrebin (c'est une, et non pas un journaliste). Puis dans la gazette d'Artnet, qui me semble une chose bien faite, mais apparemment peu lue dans le monde francophone. Je n'ai encore pas vu beaucoup répété de ce côté de la «grande mare» que serait J. Tomilson Hill III qui a acheté à Toulouse le «Judith et Holopherne» du Caravage (ou de son entourage). Le prix payé par le milliardaire américain reste en revanche inconnu. Le journal laisse juste entendre qu'il est très élevé. «Not available», l'intéressé n'a pas répondu à ce sujet au «Times».

La nouvelle a le mérite de donner un coup de projecteur sur celui qui est depuis longtemps l'un des collectionneurs les plus discrets de la Planète. Né en 1948, Tomilson (j'ignore à quoi correspond le J. qui précède) reste un roi des hedge funds. C'est l'homme de Blackstone Alternative Asset Management. Une société qu'il a fait monter d'un capital de 1 à 80 milliards de dollars. Sa fortune personnelle ne se voit pourtant estimée qu'à 1,6 milliard, ce qui semble peu pour son train d'achats. Tomilson avait déjà fait parler de lui en 2015 quand il avait acquis pou 48 millions le «Portrait d'un jeune homme au bonnet rouge» de Pontormo, exécuté vers 1530 (1). Son ensemble de petits bronzes de la Renaissance et de l'âge baroque est par ailleurs célèbre. L'Américain en a exposé 33 pièces en 2014 à la Frick Collection de New York. L'endroit le plus sélect de la ville en matière d'art ancien. A côté le Metropolitan Museum fait presque vulgaire.

Trois champs d'intérêt

Tomilson Hill développe en fait trois champs d'intérêt. La peinture ancienne et les bronzes, mais aussi l'art contemporain. Il possède quelques-un des plus importants Warhol, Twombly et Bacon. Il lui arrive de s'intéresser à un créateur émergent, comme le raconte avec toute la componction voulue le luxueux bulletin de Sotheby's. Ces trois composantes, complétées par quelques superbes meubles du XVIIIe siècle, se retrouvent dans le musée qu'il a ouvert en janvier dernier à Chelsea (Chelsea New York, of course). Le cadeau que l'homme d'affaires s'est offert pour ses 70 ans. Les œuvres se voient ici présentées dans un décor conçu par Peter Marino, lui-même collectionneur. Un personnage aussi connu pour son goût flamboyant que pour ses apparences de «biker». Marino avait déjà conçu l'appartement des Tomilson Hill.

Le vitrail de la Création. L'un des chefs-d'oeuvre de la Renaissance dévoilés dans le tout nouveau musée ouvert par J. Tomilson Hill III à Chelsea. Photo Sotheby's

Côté «look», Tolmson Hill ne donne pas dans le même mauvais genre. Les photos le montrent toujours cravaté, bien coiffé et souriant. Il y figure parfois avec son épouse Janine, maigre et liftée comme se doit de l'être toute Américaine richissime. Les images prises de leur appartement montrent des choses étonnantes. Le tout nouveau musée a aussi l'air très bien. Avec Sarah Needham, enlevée à la Stavros Niarchos Foundation, il a sans doute trouvé sa bonne directrice. Le propos couvert sera plus large qu'à la Neue Galerie de Ronald Lauder, vouée à l'art germanique de la première moitié du XXe siècle. Des expositions sont prévues. L'inaugurale était vouée à l'Américain Christopher Wool, 64 ans. Une vedette tout ce qu'il y a de plus actuelle. Mais à nouveau une star chic, même si on le voit parfois à Art/Basel.

D'autres exemples

Les Européens seront peut-être surpris qu'un des spécialistes des hedge funds, qu'ils croient par ailleurs toujours en jeans troués et en baskets pourries, puisse s'intéresser à des arts aussi classiques. Je rappellerai cependant l'existence de Thomas Kaplan, qui est lui dans les métaux précieux, un secteur économique à hauts risques. Nettement plus jeune que Hill, mais tout aussi élégant, Kaplan se concentre pour sa part sur la peinture hollandaise du XVIIe siècle à sujets nobles: histoire, religion, mythologie. Il possède notamment onze Rembrandt. Sa collection a été partiellement montrée par le Louvre en 2017. Elle dénotait l’œil d'un vrai spécialiste. C'est une collection savante.

(1) Le Pontormo se trouvait en Angleterre, qui ne voulait pas le laisser sortir. La Grande-Bretagne n'est pas parvenue à lever les 48 millions nécessaires. Elle en a proposé 30 à Tomilson, qui a envoyé la National Gallery balader. Il avait le droit pour lui. En plus, il aimait le tableau.




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