Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Catherine Grenier converse dans un bon livre avec le peintre Gérard Garouste

L'artiste français vient d'avoir 75 ans. L'homme a connu une vie tourmentée, qui s'est résolue par une conversion au judaïsme. A part cela, c'est un grand artiste figuratif.

Autoportrait à la Pinocchio.

Crédits: Gérard Garouste, Galerie Templon.

En matière d’art moderne et surtout contemporain, il pleut toujours où c’est mouillé. Les mêmes artistes vont et reviennent, transformant les musées et l’édition spécialisée en une sorte de noria. Aussi est-ce avec plaisir qu’on voit sortir en librairie un livre comme «Vraiment peindre». Il s’agit là d’un long entretien entre Catherine Grenier et Gérard Garouste, qui a eu 75 ans il y a quelques jours. Une vraie conversation. Sans faux-semblants ni intimité fallacieuse dont le lecteur se verrait exclus. Ancienne conservatrice au Centre Pompidou et actuelle directrice de la Fondation Alberto et Annette Giacometti, Catherine a il est vrai l’habitude de ce genre d’exercices. Je vous ai ainsi parlé en 2017 de son bouquin sur le collectionneur (et Genevois d’adoption) Jean Pigozzi, paru chez Flammarion. Le grand collectionneur d’art africain actuel y brillait de tous ses feux. La femme de musée sait mettre les gens en valeur.

«Vraiment peindre» renouvelle l’exploit avec un personnage un peu moins théâtral, et soit dit entre nous moins amusant. Né en mars 1946, Gérard Garouste est ce que l’on appelle un tourmenté, avec toutes les psychanalyses et les traitements psychiatriques que cela suppose. Depuis 2009, le public sait le pourquoi du comment grâce au livre «L’intranquille». Mort quelques mois auparavant, courant 2008, son père fut un spoliateur de biens juifs pendant la guerre. Gérard fait partie de ceux qui, comme dans la Bible, portent le fardeau des fautes de ses ancêtres. D’où un cheminement à la fois tortueux et parfaitement logique. Après s’être lié encore très jeune avec Elisabeth, Juive, qui va devenir l’une des moitiés du duo de designers Garouste & Bonetti, il va l’épouser. Se mettre à l’Ancien Testament. Puis à la Kabbale. Et enfin à l’hébreu. Tout se terminera par une tardive conversion, bien assumée. Il ne s’agit là ni d’une acte d’auto-flagellation, ni de repentance.

Un inclassable

Garouste répond honnêtement à Catherine Grenier. Il lui parle de ses crises de jeunesse. Des ses délires. De ses dépressions. Il faut dire que le peintre vit aujourd’hui avec. Plutôt bien. Il arrive tout de même à produire. Sa peinture se vend, même si elle n’a jamais atteint les sommets spéculatifs. Mais l’homme ne se voit pas vivant à New York, bien qu’il ait été son temps montré et représenté par Leo Castelli (1). Un figuratif, même tourmenté, dans le petit monde des conceptuels et des abstraits (2)... Un faux attardé, dont les références actuelles restent Le Tintoret et le Greco... Un inclassable surtout, qui se laisse aller en travaillant sa toile. Une toile souvent reprise, après s’être vue abandonnée. Retournée contre un mur. Une pratique qui renvoie cette fois au Titien. Gérard Garouste qui dit avoir été un écolier nul, sauf en dessin, est devenu en fait un monsieur cultivé.

Entre casuistique juive et problèmes picturaux, le livre coule de source. Il se lit d’un trait. Il permet en plus au public de découvrir un artiste qu’il voit finalement peu. Normal. Ni Gérard, ni Catherine ne jargonnent. Nous sommes en compagnie de gens qui n’ont pas, ou plus besoin de cela pour exister. Il s’agit de faire simple. D’embarquer avec soi. De faire participer. Et de donner envie. A ma connaissance, il n’y a aucun Gérard Garouste présent dans un musée helvétique. Pas assez moderne, et surtout pas assez cher sans doute.

Pratique

«Vraiment peindre», de Gérard Garouste et Catherine Grenier, aux Editions Seuil, 160 pages.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."