Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Catherine Gfeller transforme trois monuments neuchâtelois en écrans de cinéma

La photographe y organisera des projections du 24 au 28 mars en soirée. C'était au départ une commande pour la Chine, qui est restée en souffrance.

A L'Office fédéral des statistiques. Simulation.

Crédits: Catherine Gfeller.

L’année dernière, elle était à Genève chez Rosa Turetsky. Vous auriez aussi pu voir Catherine Gfleller auparavant un peu partout, à une époque où il restait possible de voyager. La Neuchâteloise a aussi bien exposé à Bogotá qu’à Venise ou à Johannesburg. Une dromomanie (impulsion à se déplacer) tempérée par des incursions sur place. La photographe a également été vue à La Chaux-de-Fonds et à Môtiers. Elle revient ces prochains jours dans la ville l’ayant vu naître en 1966. Catherine Gfleller rasera les murs de Neuchâtel du 24 au 28 mars. Au propre. Des images d’elles, statiques ou mobiles, se verront projetées sur trois monuments de la cité. Un phénomène devenant très «tendance» en cette période où toute vie intérieure se doit de rester individuelle.

Sur le Musée d'art et d'histoire. Simulation. Photo Catherine Gfeller.

«Au départ, il s’agissait là d’une commande pour la Chine», explique Catherine au téléphone depuis Montpellier. La ville où elle vit en famille, tout en ayant un pied à Paris, un orteil du côté de Pékin et quelques phalanges un peu partout. La Suissesse avait obtenu carte blanche. Elle l’a reçue après une exposition remarquée à Guangzhou en 2018. Guangzhou, c’est je vous le rappelle, l’ancienne Canton, mais le nouveau nom ne s’est jamais popularisé en Occident. La demande émanait de Jean-Jacques de Dardel, qui était encore pour quelques mois (la retraite…) ambassadeur de Suisse là-bas. «L’exposition devait au départ se dérouler à Pékin (alias Beijing) et à Hongkong. D’autres mégapoles se sont ajoutées au fil du temps, comme Shanghai et Changdu.» Puis la crise sanitaire est survenue. En Chine, précisément.

Un thème, la Chinoise

Tout était cependant déjà en boîtes. «Il fallait me concentrer sur un seul sujet. J’ai choisi la femme en Chine. Après tout, Mao Tse Tung (alias Mao Zedong) parlait d’elle comme de l’autre moitié du Ciel.» La Suissesse a donc beaucoup voyagé sur place, avec l’aide d’interprètes. «Je ne parle pas le mandarin.» Il lui a fallu prendre contact avec des habitantes, qu’elle a interrogées et suivies. «Je leur demandais de m’emmener dans un lieu qui leur était personnel et cher. J’aime filmer en vidéo des gens en mouvement.» Une fois les prises de vues faites, Catherine Gfleller est rentrée à Montpellier. Tirer et monter. «Un an de travail». Aujourd’hui renvoyée à 2022, l’exposition à Pékin reste dans les limbes. Se sont heureusement greffées entre-temps les projections de Neuchâtel. «J’ai remporté un concours d’idées. La Ville avait organisé un appel. Ma présentation murale les a séduit. Il manquait juste le budget indispensable. Il m’a fallu fonder Les Amis de Catherine Gfeller pour parvenir à lentement réunir un budget avec l’aide de sponsors.»

Au château de Valangin. Simulation. Photo Catherine Gfeller.

A l’arrivée, il y aura donc des images dans trois lieux. Le premier d’entre eux doit se mériter. Du moins si l’on n’est pas motorisé. Il s’agit du château de Valangin, un ravissant village médiéval au-dessus de Neuchâtel avec un château de carte postale. «Il devait aussi y avoir la gare. Elle est hélas en ce moment partiellement masquée par des travaux.» Heureusement, se dresse à côté l’Office fédéral des statistiques (OFS). Un gratte-ciel noir poussé là, il y a quelques années, de manière un peu incongrue. «Il a été possible d’y installer l’écran voulu.» La dernière étape se situe devant le Musée d’art et d’histoire, spectaculaire pâtisserie du XIXe siècle (pour autant qu’on se nourrisse de pierres, bien sûr!). C’est là, et uniquement là, que les spectateurs pourront découvrir des vidéos. «Pour Valangin et l’OFS, l’obtention du permis n’a pas été possible. Risques d’accidents de voitures. Des gens distraits par mes images mobiles.» Je signale cependant qu’entre la rue principale de Valangin et les autoroutes de Los Angeles, il y a tout de même un monde…

Retour aux sources

Ce retour aux sources n’en réjouit pas moins mon interlocutrice. Une femme qui est partie de là en 1995 avec une envie de voir plus large que la traversée du lac. «J’ai obtenu une bourse pour New York, où j’ai passé cinq ans.» Le temps limite. Au-delà, on ne repart plus. «Je me rendais compte que mon accent français me revenait en pensant à cette échéance. Le retour du refoulé.» Catherine n’en est pas moins rentrée via Paris. Elle a beaucoup rayonné depuis là après l’obtention d’un prix de la Fondation HSBC. «Il a coïncidé avec mon retour en Europe.» Puis est venu Montpellier, où Catherine se sent apparemment bien. Avec Neuchâtel ces jours comme provisoire exotisme. Sans refoulement, cette fois. «J’y ai encore de la famille.»

Retour à l'OFS. Simulation. Photo Catherine Gfeller.

Il ne me reste plus qu’à vous donner le détail des soirées, puisqu’il faudra bien sûr attendre la tombée de la nuit. C’est un peu compliqué. Je vous donne donc tout en vrac.

Pratique

L’artiste sera présente tous les soirs pour accueillir le public. Elle sera accompagnée par des étudiants de l’Université de Neuchâtel qui ont préparé un dispositif d’accueil et de médiation dans le respect des mesures sanitaires et selon ces horaires:

Mercredi 24 mars: 19h-23h, Château de Valangin: Inauguration officielle (complet)
Jeudi 25 mars: 20h-23h, Gare de Neuchâtel, OFS
Vendredi 26 mars: 20h-23h, Musée d’art et d’histoire
Samedi 27 mars: 20h- 23h, Musée d’art et d’histoire
Dimanche 28 mars:
20h-23h, Château de Valangin
Le programme sera à chaque fois différent.

Final à Valangin.Simulation. Photo Catherine Gfeller.

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