Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Bozar montre à Bruxelles toute la diversité de "L'estampe au temps de Pieter Bruegel"

La gravure servait aussi bien au XVIe siècle pour la propagande politique que pour diffuser la création des peintres. L'exposition montre énormément de pièces parfois très rares.

La lutte contre le protestantisme illustrée par Pieter Van der Borcht.

Crédits: Bozar, Bruxelles 2019.

Même si les expositions ont pris de l'avance avec le calendrier, c'est bien en 2019 qu'on devrait célébrer les 450 ans de la mort de Pieter Bruegel. Bruxelles propose donc un dernier accrochage sur le sujet, moins public sans doute que la luxueuse rétrospective de Vienne de fin 2018. Le grand homme n'apparaît ici qu'en arrière-plan, pour ne pas dire en filigrane. La manifestation de Bozar, qui complète du coup la rétrospective Bernard van Orley dont je vous ai récemment parlé, est en effet consacrée à la gravure. Et attention! Toute la gravure au temps de Bruegel.

L'intention des commissaires, qui ont puisé dans les riches collections de la Bibliothèque royale de Belgique toute proche, est bien de montrer l'estampe au XVIe siècle flamand dans l'ensemble de ses rôles. Il s'agit alors aussi bien d'un moyen de propagande religieuse (celui de la reconquête catholique dans un pays fragilisé par la Réforme) que d'un art à part entière. Le tout sans oublier la simple diffusion. Bruegel lui-même a ainsi donné des dessins destinés à se voir reproduits. Comme le rappellent les organisateurs, «seule une poignée de ses contemporain avaient pu voir ses tableaux originaux.» C'est plus tard que l'atelier de son fils les reproduira à satiété afin de satisfaire une demande non plus princière, mais bourgeoise.

De Lucas van Leyden à Stradanus

Il y a donc sur les murs de salles obscurcis pour des raisons de conservation une multitude d'estampes. Trop, peut-être. Le parcours commence à l'aurore du siècle avec un homme comme Lucas van Leyden pour se terminer avec les feuilles inspirées par Johannes Stradanus, qui a accompli l'essentiel de sa carrière chez les Médicis de Florence. Il passe par Jan Gosssaert et Michiel Coxcie. La plupart du temps, il ne s'agit pas d’œuvres originales, dans le sens où nous l'entendons aujourd'hui. L'artiste confie un modèle à un spécialiste qui le reproduira dans le même sens, ou en inversant le sujet afin de donner des épreuves conformes à l'original. C'est ainsi qu'a pratiqué Bruegel avec des artisans divers. Il n'existe alors pas de justificatifs de tirage. La plaque de cuivre (car la xylographie reste rare en Flandres) est utilisée jusqu'à la mort... ou la cessation de la demande. Un sujet politique avait ainsi une vie brève. Les acheteurs conservaient du reste rarement longtemps leur exemplaire. Il était méchamment jeté quand l'événement perdait de son actualité. Certaines épreuves présentées à Bozar sont du coup devenues uniques. Des hapax, comme on dit dans les milieu cultivés.

L'exposition exige une attention soutenue. Une bonne vue aussi, vu le peu de Lux autorisés. Elle se révèle en plus immense, avec beaucoup d’œuvres d'un intérêt plutôt documentaire. Il en va ainsi de certains livres posés au fond des vitrines. L'initiative n'en doit pas moins se voir saluée. Il est courageux d'aller aussi peu dans le sens du public actuel. L'estampe hollandaise de la même époque, avec les merveilleux cuivres maniéristes d'un Hendrik Goltzius, apparaîtrait autrement plus séduisante.

Pratique

«L'estampe au temps de Bruegel», Bozar, 23, rue Ravenstein, Bruxelles, jusqu'au 23 juin. Tél. 00322 507 82 00, site www.bozar.be Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h, le jeudi jusqu'à 21h.

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