Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Bonifas, Johan Talon ou Yoshikawa exposent en marge du "Parcours céramique"

Le festival carougeois a fait des petits en ville. L'occasion de découvrir de nouvelles expositions de longue durée à l'Ariana, en galeries ou à la Fondation Baur.

Deux pièces de Johan Talon à l'Ariama.

Crédits: Photo Johan Talon, Musée Ariana, Genève 2019.

Le parcours céramique ne s'arrête pas à Carouge. Il contamine certaines institutions et galeries genevoises. Celles-ci proposent des expositions qui s'inscrivent en général dans la durée. En voici quatre d'entre elles.

Masamichi Yoshikawa chez Espace Muraille. A 73 ans, le Japonais fait partie des potiers stars de l'archipel. Sa trajectoire reste cependant insolite. L'homme a commencé par le design, avant de se tourner vers des création artisanales traditionnelles. Il s'est installé à Tokomame, où il a ouvert son atelier en 1975. Il s'agit d'un des six endroits où se trouvent les fours historique du Japon, en raison de la qualité d'argile disponible sur place. Masamichi a débuté, comme souvent, par de l'utilitaire. Puis il a passé à une sculpture de porcelaine avec des glaçures céladon. Depuis la commande spéciale d'un temple en 2016, il inclut du verre à ses créations. Le public de Passe Muraille, qui a déjà dédié plusieurs de ses présentations à des céramistes, peut s'en rendre compte. Il y a dans la grande salle du haut d'énormes vases (que les mauvaises langues rapprocherait des sanitaires pour ce qui est de la forme) sur des socles vitrés. Si Yoshikawa propose de petites pièces, aux formes architecturales, il donne en effet volontiers dans le monumental. Le plus spectaculaire des objets visibles chez les Freymond pèse 160 kilos (jusqu'au 14 décembre, www.espacemuraille.com).

Masamichi Yoshikawa. Céramique et verre. Photo Espace Muraille, Genève 2019.

Johan Tahon à l'Ariana. Il est Belge. Il a 54 ans. C'est un grand gaillard à cheveux longs qui produit de la sculpture céramique. Celle-ci s'inscrit dans une longue tradition remontant à Luca della Robbia, qui vivait en plein XVe siècle à Florence. Un héritage que l'homme assume pleinement, même s'il n'apparaît pas chez lui ce désir de perfection qui animait les maîtres de la majolique. Ses grands vases ne sont pas parfaitement ronds. Ils comportent de larges coulures. Ses statues semblent faite de bric (ou plutôt de briques) et de broc. Tragiques, elles visent à «exprimer la densité et la complexité de la condition humaine» Rien de moins que ça! Très hautes, elle se retrouvent en plus soclées par les tables des salles contemporaines au premier étage de l'Ariana. Cela fait tout un peuple qui semble se tordre de douleur en exposant les stigmates de leur confection artisanale. D'autres œuvres se trouvent au rez-de-chaussée, y compris dans les vitrines des collections permanentes. On aime ou on n'aime pas. Moi pas, mais je dois reconnaître que bien des visiteurs du vernissage se sentaient sous le coup de l'émotion (jusqu'au 5 avril 2020, www.ariana-geneve.ch)

Quelques Bonifas puristes. Photo Galerie Lionel Latham, Genève 2019.

Paul Bonifas à la galerie Lionel Latham. C'est l'éternel retour. Le galeriste a proposé sa première rétrospective consacrée à Bonifas, mort en 1967, courant 1982. Il se trouvait encore rue Sismondi. Du potier genevois, établi à Versoix, puis à Ferney-Voltaire et enfin aux Etats-Unis, Lionel n'a retenu cette fois que les céramiques «puristes». Autrement dit celles produites avant la guerre avec des formes apparemment simples et sans décor peint. La plupart d'entre elles sont blanc crème, ou alors lustrées d'un noir un peu roux. Parmi les 47 pièces sélectionnées, en parfait état de conservation, il n'y a ainsi, posés sur une table à part, que trois productions vertes. L'amateur (et Bonifas garde les siens) admirera la diversité dans l'apparente unité. Il suffit d'une application, d'une anse, d'un retrait de la paroi céramique pour créer une nouvelle variation sur un thème connu. L'accrochage est complété par de grandes photos de dames tenant certaines des œuvres exposées. Ces dames étant fort dévêtues, les images sont donc de Nicolas Lieber (jusqu'au 6 octobre, www.galerie-latham.com Horaire spécial, la semaine de 11à 18h, le week-end de 11h à 17h)

Un bol froissé de Marie-Laure Guerrier. Photo Fondation Baur, Genève 2019.

De Terre et de Soie à la Fondation Baur. Aujourd'hui dirigé par Laure Schwartz-Arenales, le musée privé entend désormais «faire converser céramiques contemporaines extrême orientales ou inspirées par l'Asie avec d'autres arts traditionnels.» Je simplifie un peu la phrase. Il a donc invité Marie-Laure Guerrier, qui tourne des pièces en grès ou en porcelaine. La Lyonnaise, née en 1955, utilise des techniques la rapprochant de la grande école chinoise. C'est particulièrement sensible à l'entrée des salles d'exposition au sous-sol. Marie Laure propose là des «coupes froissées», avec des couvertes noires ou ivoire. Il y a plus loin des seaux en grès à glaçure céladon. Pour vraiment donner l'idée d'un art épuré, l'exposition contient trop de pièces, au risque de faire magasin de vaisselle. Il eut fallu élaguer. Ceci d'autant plus que les spectaculaires broderies d'In-Sook Son se révèlent prégnantes. La Coréenne, qui a refusé le titre de «trésor national vivant» pour ne pas se sentir figée dans une permanence, conçoit des tableaux mais surtout de grands paravents paraphrasant des peintures anciennes. C'est stupéfiant de virtuosité. Mais cela se serait davantage encore sans rien d'autre avec (jusqu'au 19 janvier 2020, www.fondation-baur.ch)

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