Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Bon ou pas bon? Un Rembrandt inconnu émerge chez une vieille famille romaine

L'oeuvre est arrivée chez une restauratrice après un accident. Elle a surpris par sa qualité. On en connaissait deux copies anciennes. Un colloque s'est tenu à la Villa Médicis.

"L'adoration des Mages", après restauration.

Crédits: ANSA.

Boum! Crac! Aïe! Le tableau est tombé d’un coup, alors que nul ne s’y attendait. Nous sommes en 2016 dans une antique famille romaine. Cette dernière apporte la toile endommagée, de toute évidence hollandaise, chez un restaurateur. Ou plutôt une restauratrice. Antonella di Francesco commence son travail, qui s’étend à un nettoyage. «L’adoration des Mages» change de couleurs. Sa qualité interpelle. Les experts se tâtent. Puis ils acquiescent (j’espère que c’est juste, la conjugaison de ce verbe est diabolique, vive la nouvelle orthographe!). Le tableau pourrait bien se révéler de la main de Rembrandt. Un Rembrandt encore jeune, même s’il ne s’agit plus d’un débutant. Les dates envisagées sont 1632-1633, alors que l’homme de Leyde a 26 ou 27 ans.

Un colloque tenu à la Villa Médicis sous l’égide de Patrimonio Italia a récemment abordé cette révélation parmi d’autres sujets. Il était organisé sous le titre de «Identifier le prototype, voir l’invisible». De la fameuse «Adoration», plusieurs répliques anciennes étaient en effet connues. L’une se trouve à Saint-Pétersbourg. L’autre à Göteborg, ainsi que l’explique l’agence de presse étatique ANSA. En quoi la version romaine, exécutée à l’huile sur un papier ensuite collé sur toile, est-elle supérieure aux copies?

Une collection très ancienne

La provenance joue aussi un rôle. L’œuvre ne sort pas du néant, ce qui a toujours un aspect inquiétant. La collection familiale dont elle provient remonte en partie au XVIe siècle. Elle comprend depuis fort longtemps des peintures néerlandaises. Le fonds n’a jamais été dispersé. C’est maintenant seulement qu’un tableau quitte le nid. «L’Adoration» est partie pour un coffre dans une banque milanaise. Il faut dire que si tout se passe bien, et s’il y a assez d’experts d’accord, elle vaudrait entre 70 et 200 millions d’euros. Un chiffre à relativiser. Comme le récent Caravage trouvé en Espagne, le Rembrandt pourrait se voir «notifié», et ne plus pouvoir quitter la Botte. Ce qui en ferait dramatiquement chuter la valeur vénale… pour autant que la famille ait envie de vendre bien entendu.

Vue en photo, l’œuvre a l’air bien. Rien à voir avec les petits panneaux (trois des «Cinq sens», «L’opération») du débutant Rembrandt, sortis récemment de l’ombre. Reste que le corpus des peintures de l'artiste demeure pour le moins disputé depuis plus d’un siècle. Qu’est-ce qui est vraiment de lui? Quid de ses disciples, souvent très talentueux? Le Rembrandt Project des années 1970 a ainsi fini par capoter. Les jeunes experts ont remis des œuvres retirées par ce «Projet» à l’honneur. Ils ont ont découvert d’autres, comme le marchand amstellodamois Jan Six. L’artiste tient aujourd’hui de la nébuleuse. Normal. C’est comme en Justice. A chacun ses intimes convictions.

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