Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

BIO/Vivant Denon espion, pornographe, créateur du Louvre et égyptologue

Crédits: DR

Le personnage est passionnant. Provincial voué à une existence médiocre, Dominique Vivant Denon (il avait prudemment contracté le «de Non» à la Révolution) saura séduire Louis XV. Devenir diplomate sous Louis XVI. Jouer au Jacobin pendant la Terreur. Inventer l'égyptologie au Caire en 1799. Fonder au début de l'Empire le Louvre tel que nous le connaissons. L'homme mourra grand collectionneur (un collectionneur pour le moins éclectique) sous Charles X en 1825. 

On a parlé des «mille vies» de Vivant Denon, alors qu'il n'en existerait que sept pour les chats. C'est sans doute exagéré. L'homme n'en fut pas moins également espion, ce qui lui allait lui valoir des expulsions de Naples, puis de Venise. Artiste amateur, il donna des gravures plutôt lestes. Il se fit même à l'occasion romancier, donnant avec «Point de lendemain» un classique du genre érotique. Tout l'intéressait en fait, comme l'a prouvé le Louvre en 1999-2000. Il a fallu au musée national non pas une, mais trois expositions séparées afin de creuser correctement le sujet.

Un ouvrage de synthèse 

Vivant-Denon a suscité une littérature abondante, en général positive même si ce caméléon a parfois survécu au prix de reniements. Médecin professionnel et historien amateur, Jean Marchioni ajoute une pierre à cet édifice avec «Vivant Denon, ou l'Ame du Louvre», que publie Actes Sud. Il faut voir là une synthèse bénéficiant des dernières recherches. Actes Sud avait déjà sorti, en 1990, les «Lettres à Bettine», son amour vénitien. Le Parisien d'adoption correspondra avec elle durant des décennies, tandis qu'elle se séparera d'un premier mari et en trouvera un second. Dans un style plus austère, les Editions de la Réunion des Musée nationaux ont publié en 1999 la correspondance administrative de l'homme. Une somme ne contenant pas moins de 4025 lettres... 

D'une taille tout à fait normale, cette fois, le livre actuel se contente de courtes citations. Il faut voir là un récit illustrant la curiosité universelle d'un homme qui sortait des sentier battus sur le plan culturel. La «Description de l'Egypte» reste un sommet d'ouverture d'esprit, à l'époque où seules Rome et la Grèce passaient pour avoir eu du goût. Les primitifs italiens des XIVe et XVe siècles semblaient encore barbares quand Vivant Denon les accrochait au Louvre. Et l'amateur n'avait pas peur d'acheter pour lui les «Gilles» de Watteau, qui incarnait alors le comble du démodé. Il n'y a guère que sur le concept du musée napoléonien qu'il devient difficile de suivre le plaidoyer de Jean Marchioni. C'était un véritable concentré de chefs-d'oeuvre, certes, mais de chefs-d'oeuvre spoliés de l'Italie à l'Autriche en passant par les Flandres.

Pratique 

«Vivant Denon ou l'Ame du Louvre», de Jean Marchioni, aux Editions Actes Sud, 303 pages.

Photo (DR): Portrait de Dominique Vivant Denon, alors qu'il dirigait le Louvre.

Texte intercalaire.

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