Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

BERNE/Le Kunstmuseum accueille le 2 novembre la Collection Gurlitt

Crédits: DR

C'est l'événement muséal le plus attendu en Suisse cet automne. Je dirais même que chacun l'attend au contour. Dès le 2 novembre, le Kunstmuseum de Berne proposera les premières œuvres issues du legs de Cornelius Gurlitt. Vous voyez de qui je parle. Mais oui! L'Allemand chez qui 1500 tableaux, dessins et gravures avaient été découverts entassés dans un appartement sordide de Munich en 2012, puis des centaines d'autres en 2014 dans sa résidence de Salzbourg. La presse avait fait ses choux gras de la nouvelle lancée par le périodique «Focus» en 2013. Pensez, il pouvait s'agir là d'art spolié sous le nazisme. Bingo!  Bon pour le taux de lecture! Je m'excuse de plaisanter sur des choses aussi graves, mais c'est malheureusement comme ça.

Mort en 2014, Gurlitt a fait du musée bernois son légataire universel (tableaux, appartement, maison...). On s'est longtemps demandé pourquoi. Trois auteurs, qui ont comme de juste sorti leur livre, y ont récemment vu le résultat de rapports commerciaux entre Gurlitt et Eberhard W. Kornfeld, le plus chic des marchand helvétiques. Un confrère en quelques sorte. Cornelius, qui avait treize ans en 1945, commerçait un peu à partir du stock hérité de son père, le galeriste Hildebrandt Gurlitt. Un monsieur issu d'une famille où l'on était volontiers peintre, danseuse ou musicologue. Mais d'où venaient ces œuvres longtemps dérobées au regard? N'auraient-elles pas été dérobées à quelqu'un avant? Une famille juive, par exemple?

Un cadeau empoisonné 

Berne a hésité à accepté ce cadeau empoisonné. Le Kunstmuseum a fini par dire oui, ce qui soulageait finalement tout le monde. L'Allemagne pouvait étudier les provenances, faisant en quelque sorte le ménage, seules les pièces sûres étant ainsi livrées de manière définitive en Suisse. Les affaires ont traîné. Il y a finalement eu assez peu de réclamations. Pour avoir vu les 1500 œuvres sur écran, avec de mauvaises photos, j'avais été assez déçu. Outre l'abondance des toiles signées par l'un des Gurlitt, c'est la présence de nombreuses gravures expressionnistes qui m'avait frappé. De quel exemplaire s'agit-il chaque fois et à qui a-t-il appartenu avant de se trouver là? Allez savoir!

Quelques restitutions ont été faites, dont un Matisse de provenance Rosenberg qui a été happé par ses héritiers légitimes (dont Anne Sinclair). On a aussi parlé d'un Max Liebermann et d'un Camille Pissarro importants. Berne devrait présenter environ 200 pièces, arrivées début juillet, certifiées aussi pures que Blanche Neige. J'ai oublié de vous dire qu'un procès pendant s'est auparavant terminé en faveur de Berne., mi-décembre 2016. Une cousine octogénaire de Gurlitt, qui attaquait le testament au nom d'une irresponsabilité de son auteur, s'est vue déboutée en Allemagne. Définitivement. C'est fou ce que l'appât du gain peut se maintenir tard dans la vie.

L'exposition bernoise, proposée du 2 novembre au 11 mars, tournera autour de "l'art dégénéré". Elle sera doublée d'une autre, montrée à la Bundeskunsthalle de Bonn du 3 novembre au 11 mars. Il y aura là des cas douteux et ceux avérés de spoliation. Normalement, l'exposition de Bonn devrait ensuite aller en 2018 à Berne, avant de partir pour Berlin. On n'a donc pas fini d'en parler. Et de polémiquer. Je note cependant que le comité scientifiques des deux exposiitons a été véritablement bétonné, à lire la liste de ses membres. Un faux pas ne pardonnerait pas.

Photo (DR): L'un des Franz Marc retrouvés chez Cornelius Gurlitt.

Ce texte intercalaire accompagne celui sur les expositions à voir cet automne en Suisse.

 

 

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