Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

BERNE/Dix, Schlemmer, Grosz, les bonnes feuilles de la Collection Gurlitt

Crédits: Kunstmuseum, Berne 2017

Le Kunstmuseum de Berne n'aura pas le Matisse restitué aux héritiers Rosengerg, ni le pont londonien de Monet, ni les cavaliers de Max Liebermann. Le ménage a été fait dans la Collection Gurlitt, du moins en grande partie. Ce que le musée accueille depuis le 2 novembre n'en apparaît pas moins somptueux. Il semble difficile, pour certains artistes, d'offrir des œuvres graphiques d'une telle qualité. Je pense aux Oskar Schlemmer, aux Otto Dix ou aux Käthe Kollwitz, artistes par ailleurs rares dans les institutions publiques suisses. 

La plupart de ces planches et de ces aquarelles proviennent des musées allemands. Stuttgart. Essen. Mannheim. Chemnitz... Confiés sous la République de Weimar à des conservateurs avant-garde, ces derniers ont beaucoup acheté dans les années 20. Les contacts se révélaient alors étroits avec les artistes, dont beaucoup enseignaient. Le prix des gravures, qui restent des multiples même si les tirages semblent ici avoir été bas, ne grevait pas trop les budgets. Cela dit, même si l'on ne voit que peu de tableaux dans l'actuelle présentation du Kunstmuseum (il y a tout de même un Dix ou un Otto Müller), les nazis pourront saisir bien des toiles après leur arrivée au pouvoir en 1933. L'expressionnisme ou la «Neue Sachlichkeit» ont correspondu au goût officiel des années 20.

Etat de conservation parfait 

Que conseiller le plus de regarder? Emil Nolde se voit représenté par des feuilles particulièrement abouties. Comme Franz Marc ou August Macke, moins stigmatisés que lui sous Hitler dans la mesure où ils étaient morts sous l'uniforme allemand durant la guerre de 14. Otto Müller offre de grandes aquarelles bien venues. Les dessins de Grosz étonnent par leur insolence. Et, si Kirchner frappe moins dans la mesure où il est déjà largement représenté dans son pays d'adoption (la Suisse donc), il faut de pencher sur les Schmidt-Rottluff ou les Pechstein. Tous montrent leurs auteurs au sommet. Certains d'entre eux vont tragiquement décliner par la suite. 

La présentation reste sobre. Cela vaut mieux dans la mesure où la partie historique prend beaucoup de place. Les œuvres frappent par leur excellent état de conservation. Le public sent qu'elles n'ont presque jamais vu la lumière. Les encadrement se révèlent corrects. On se réjouit de découvrir la suite. Il y a encore plusieurs centaines de pièces Gurlitt qui devraient une fois ou l'autre connaître leur destin. Celui-ci sera sans doute souvent bernois. Même s'il y aura encore des cas litigieux, le Kunstmuseum a eu raison de d'accepter cet héritage présenté au départ comme empoisonné. 

Photo (Kunstmuseum Berne, 2017): L'une des aquarelles d'Otto Mueller.

Ce texte intercalaire suit immédiatement celui sur la Collection Gurlitt.

 

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