Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Benetton licencie Oliviero Toscani après quarante ans de collaboration

La firme reproche au photographe ses propos sur la chute d'un pont à Gênes. Inadmissible! Il faut aussi dire que Benetton construit aujourd'hui des autoroutes...

Oliviero Toscani au temps de sa splendeur.

Crédits: Benetton.

Pas de jour sans scandale ou licenciement. La morale règne aujourd’hui partout, et donc l’hypocrisie qui va avec. Quand ce n’est pas du harcèlement («Le Monde» ou «Le Figaro» ne parleront du coup bientôt plus que de sexe, ce qui semble d’ailleurs ravir leurs lecteurs), ce sont des propos malheureux. Leurs auteurs ont beau se renier, s’excuser et s’abaisser, ils finissent par se faire renvoyer comme les coupables qu’ils sont devenus à nos yeux de chasseurs de sorcières et de sorciers.

Dernière victime en date, Oliviero Toscani. Le photographe et publicitaire italien, aujourd’hui âgé de 78 ans, a été lourdé le jeudi 6 février pour des propos tenus la veille au micro d’une radio. Ce provocateur né avait ainsi déclaré: «Ça intéresse qui, un pont qui s’écroule?» Une allusion évidente au viaduc Morandi qui a chuté près de Gênes le 14 août 2018, faisant 43 morts. La phrase avait d’autant plus mal passé que les Benetton, ses employeurs, se sont reconvertis dans les autoroutes avec leurs société ASPI (ou Autostrade per l’Italia). Ceux-ci ont réagi au quart de tour. La porte, après près de quarante ans de collaboration!

Une carrière bâtie sur le scandale

La chose peut sembler d’autant plus étonnante que toutes les campagnes publicitaires de cette maison de vêtements moyen de gamme avaient été placées sous le signe du scandale. Vous êtes nombreux à vous en souvenir. Dans les années 1980 et 1990, chaque concept de Toscani déclenchait une tempête médiatique. D’où d’innombrables insertions gratuites des images scandaleuses (mais extrêmement publicitaires) dans la presse. Un prêtre embrassait une nonne sur la bouche. Une Noire nourrissait un enfant au sein. Une femme voilée à l’afghane se dévoilait. Benetton et Toscani testaient jusqu’où aller trop loin, pour reprendre la fameuse formule de Jean Cocteau. Aujourd’hui, hélas, on ne peut plus aller nulle part sans se faire rappeler à l’ordre. Il y a la censure des réseaux sociaux, transformés en une sorte de maccarthysme populaire.

L'une des campagne de Toscani. Un peu moins connue, je vous l'accorde. Photo Benetton.

Toscani a beau eu tenter de biaiser en envoyant comme tout le monde un «tweet». Vous m’avez mal compris. Il n’a convaincu personne. L’homme n’a donc plus qu’à se retirer. Le talent n’a plus sa place à notre époque. Pensez à Roman Polanski, dont la vie personnelle ressort selon moi de la Justice avec un «J» majuscule. Soyons justes. Le Milanais (Toscani, donc) ne faisait plus parler de lui depuis 2012. Il avait alors montré douze pénis pour répondre aux cris provoqués par les douze pubis de 2011. Une manière comme une autre de tirer le Diable par la queue...

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