Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Beaubourg présente les "Fenêtres" d'Ellsworth Kelly, Erika Verzutti et le vivant

Le Centre regorge d'expositions secondaires, sans être mineures pour autant. Le quatrième montre l'artiste américain récemment décédé, tandis que la mezzanine se fait toute contemporaine.

Ellsworth vers 1950 à l'Hôtel de Bourgogne avec sa fene^tre du Musée d'art moderne.

Crédits: Photo DR fournie par le Centre Pompidou, Paris 2019.

En allant l'autre jour au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris voir l'exposition consacrée au sculpteur anglo-américain Thomas Houseago (j'y reviendrai, of course!) je n'avais pas fait attention aux fenêtres du bâtiment. J'adore pourtant ce dernier, construit pour l'Exposition internationale de 1937. Il me semble l'un des plus indiscutables chefs-d’œuvre de l'Art Déco tardif, avec son élégante architecture à colonnes et son décor sculpté d'Alfred Jeanniot.

Les fenêtres ont en revanche tapé dans l’œil d'Ellsworth Kelly, qui a (tout comme son homonyme Gene Kelly) joué les Américains à Paris entre 1948 et 1954. La capitale française gardait alors son aura artistique. Il s'agissait d'un espace de liberté face à une Amérique en plein maccarthysme. Surtout pour un soldat démobilisé, plutôt du genre gay. Il y avait là de quoi respirer, et pourquoi pas, innover dans une petite chambre de l'Hôtel de Bourgogne. On sait que Kelly (Ellsworth, pas Gene!) tendra toujours davantage par la suite vers l'épure. De grands monochromes aux formes incurvées. Le tout en gardant parallèlement, comme Lucio Fontana, une pratique du dessin figuratif. A la Matisse. Un simple trait. Du reste, le Centre Pompidou avait déjà rapproché les deux maîtres, l'alors jeune et l'autre en fin de vie.

Un ensemble austère 

C'est Beaubourg toujours qui propose aujourd'hui les «Fenêtres» d'Ellsworrth Kelly au quatrième étage, dans une immense salle indiquée par aucune flèche. Il s'agit en partie de remercier pour un don. L'institution a reçu en 2015 d'un artiste alors âgé de 92 ans le «Window, Museum of Modern art, Paris». C'est l'occasion de le réunir avec les cinq autres versions, dispersées. Il y a en plus aux murs de nombreuses œuvres de cette époque française, que le visiteur lambda n'a guère eu l'occasion de voir. Elles viennent du MoMA, de la Fondation Ellsworth Kelly ou de Jack Shaer le compagnon de l'artiste. Le regardeur attentif peut ainsi découvrir comment fonctionnait l'«already made», qu'il ne faut pas confondre avec le «ready made» de Marcel Duchamp. L'artiste copie fidèlement une chose existant déjà. Il ne l'emprunte pas telle quelle.

Tout cela peut apparaître austère, d'autant plus que Kelly se limite ici au noir et au blanc. L'accrochage réglé par Jean-Pierre Criqui dans une sorte de grand hall vide n'arrange rien. L'exposition, qui se termine avec la dernière œuvre de Kelly réalisée en 2015, juste avant sa mort, doit se mériter. La rétrospective de la Fondation Lambert d'Avignon l'été dernier, avec une explosion de couleurs, n'avait pas le même côté raclé jusqu'à l'os.

"La fabrique du vivant"

Beaubourg propose parallèlement, pour quelques jours encore sur sa mezzanine, deux présentations contemporaines, le sixième étage devenant de plus en plus historique. La première est dédiée à la Brésilienne Erika Verzutti, née en 1971. L'invitée propose une gigantesque installation, composée avec nombre de ses pièces. Elle en fait en quelque sorte la somme, avec une sorte de dolmen dans un coin. C'est très réussi. J'ai éprouvé plus de peine avec «La fabrique du vivant», qui mêle art et science. Nous sommes, avec ce nouveau volet de «Mutation/Création», dans les nouvelles technologies à la fois mécaniques et biologiques. Le plateau se divise en quatre espaces. «Il y a le design perçu comme artefact vivant, une architecture bio-computationnelle, la programmation du vivant et la recherche de matérialité.» C'est très bien fait. Très intelligent. La preuve, c'est que je n'ai à peu près rien compris. Très bien en scène également. J'ai noté au passage deux artistes suisses à soutenir. Il s'agit de l'Uranaise Pamela Rosenkranz et du Vaudois Julian Charrière.

Pratique

«Ellsworth Kelly, Fenêtres», jusqu'au 27 mai, «La Fabrique du vivant» et «Erika Verzutti», jusqu'au 15 avril. Centre Georges-Pompidou, place Georges-Pompidou, Paris. Tél. 00331 44 78 12 33, site www.centrepompidou.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 11h à 21h.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."