Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Beaubourg boucle son parvis pour mieux entrer en travaux. Encore un chantier à Paris!

Le but est cette fois de refaire l'escalier extérieur. Autrement, que de fermetures, du Louvre à Carnavalet, en passant par celle du Grand Palais qui se profile à l'horizon!

L'escalier de Beaubourg, éclairé pour la FIAC de 2018.

Crédits: Sortir à Paris.

Rien n'est simple. Tout se complique. Ce fut, il y a bien longtemps, le titre de deux albums de Sempé. Ils pourront faire l'objet d'une utile relecture à Paris ces prochains mois dans bien des domaines, dont celui des musées. Depuis le 27 août, le Centre Pompidou n'est plus accessible par son parvis. Son grand escalier, conçu par les architectes Rogers et Piano (la fameuse «chenille») est entré en travaux. Il y en a théoriquement jusqu'en avril 2020. Pratiquement, on ne sait bien sûr pas. En attendant, le public devra emprunter des ascenseurs provisoires installés derrière, sur la rue Beaubourg. Un artère passante, soit dit entre nous... Voilà qui nous promet de beaux embouteillages, alors que l'exposition Francis Bacon, accessible uniquement sur réservation, commencera le 11 septembre. Vous me direz que la date donnait déjà l'idée d'une catastrophe...

Estimés à 19 millions d'euros, les travaux sont pris en charge par le ministère de La Culture. Ils n'avaient curieusement pas fait partie des réaménagements ayant obligé le Centre à fermer plus d'un an avant de revenir à ses visiteurs tout beau tout neuf, le 1er janvier 2000. Beaubourg en profitera pour introduire six portes tournantes à ses frais (environ 2 millions). Elles ne seront pas de trop. Depuis Vigipirate, entrer ici tient parfois de la performance. Une performance dont veut aujourd'hui se dispenser le Louvre. Il devrait introduire prochainement la réservation obligatoire pour tous, ayant-droits compris (Amis du Louvre, élèves de l'Ecole du Louvre...). Une décision ubuesque, sur laquelle je reviendrai quand nous en saurons un peu plus.

L'énigme Carnavalet

Cela dit, le musée est entré en crise autrement que moralement dans la capitale française. Un bon point pour commencer. Le Musée d'art moderne de la Ville de Paris devrait rouvrir le 11 octobre après de longs travaux, dont on espère qu'ils ont inclus une meilleure sécurité pour les œuvres (rappelez-vous du cambriolage de 2010, que tout le monde feint aujourd'hui d'oublier...). En face, le Palais Galliera, qui dépend aussi de la Ville, est en revanche entré depuis plusieurs mois dans une mue profonde. Il avait pourtant subi un chantier interminable il y a quelques années. Il s'agit cette fois d'aménager un espace souterrain afin de pouvoir disposer de davantage de place pour les collections de mode. Inauguration prévue courant 2020. Carnavalet demeure enfin depuis 2016 aux abonnés absents. Il semble que tout s'y passe mal. Prévue pour 2019, la réouverture se profile aujourd'hui du côté de 2020. Ceux qui ont eu vent du projet de muséologie ont été terrorisés. Les collections seraient en grande partie vouées à disparaître au profit d'une scénographie ludique et interactive (1).

Revenons au côté étatique. Le chantier pharaonique du Grand Palais se profile pour 2020. Les expositions «Toulouse-Lautrec» (dès le 9 octobre) et «Greco» (à partit du 16 octobre) figureront parmi les dernières (2). Il y en aura pour des années de travaux, budgetés pour la somme extravagante de 470 millions (plus sans doute des dépassements). Il s'agit pourtant d'autant moins d'une ruine que sa nef vitrée a subi un lifting ruineux au début des années 2000. Cluny demeure aux trois quarts fermés. Le musée du Moyen Age se refait une beauté. Elle commence néanmoins avec une laideur. Le pavillon d'accueil récemment construit me semble un désastre. La Bibliothèque Nationale, site Richelieu, devrait rouvrir complètement en 2021 (3), avec un grand musée tout nouveau. Il serait grand temps! D'une part il y a eu plusieurs débits d'incendie ou d'inondation. De l'autre, le lieu a fermé par tranches depuis bien dix ans. Pour le moment, le grand public doit se contenter d'en admirer les façades, curetées comme par un dentiste californien. Je ne vous parle du minuscule Musée Hébert que pour mémoire. Il y a si longtemps que nul n'y est plus entré que tout le monde l'a oublié. Ses principaux tableaux pendent à Orsay.

Le Musée de la chasse s'agrandit

Et le privé? Eh bien le Musée de la chasse et de la nature, qui connaît un étonnant succès public et critique, a fermé le 1er juillet! Il devrait rouvrir agrandi fin 2020, gagnant un hôtel particulier de la rue des Archives, après déplacement de son administration. Là, au moins, tout semble sous contrôle.

(1) Il n'y aurait plus que 3500 œuvres exposées sur les 635 000 des collections. Il s'agit pour sa directrice Valérie Guillaume, citée par l'hebdomadaire «L'Express» en 2018, d'«apprivoiser» le musée en le «contextualisant». Chouette!
(2) Il y a le projet d'un Grand Palais provisoire à construire sur le Champ-de-Mars.
(3) La partie réservée aux consultants a en partie rouvert en décembre 2016.

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