Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Beaubourg associe arts et sciences sous le signe des intelligences simulées

Pour la quatrième fois, le Centre Pompidou regroupe artistes d'avant-garde et chercheurs de pointe. C'est dur à suivre. Mais il est permis de simplement regarder.

Le bas-relief de Refik Anadol.

Crédits: Refik Anadol.

C’est la quatrième cession. Depuis 2017, le Centre Pompidou propose, à raison d’une édition par an, son exposition sur les rapports entre le développement des sciences actuelles et la création artistique du moment. La mezzanine se voit alors investie par des artistes et des chercheurs de pointe. Après l’impression 3D en 2017, il y a ainsi eu les langages informatiques en 2018 et des créations mêlant l’artificiel et le vivant en 2019. Cette fois, Beaubourg nous parle des «Neurones, Les intelligences simulées». Autant dire qu’il vise haut. Pour tout dire, je ne suis pas sûr d’y avoir compris grand-chose. Reste encore à savoir si c’est important. La présentation conçue par Frédéric Migayrou et Camille Langlois apporte en effet son content d’émotions esthétiques. Il n’y a pas besoin d’avoir fait des études poussées pour aimer. J’ai d’ailleurs constaté, en faisant une petite recherche, que les rares articles parus s’inspiraient prudemment du dossier de presse.

De quoi s’agit-il? Cinq grands thèmes se voient abordés. Il y a tout d’abord la représentation du cerveau sur le plan historique. Là, pour moi ça va encore. L’intérêt pour la logique du jeu me parle un peu. Il suffit de penser à l’historique victoire de la machine sur le joueur d’échecs Garry Kasparov en 1997. Un tournant. Pour ce qui est du cyberzoo, il y a heureusement les petites bêtes. Ce sont des robots, bien sûr, mais il y a là les tortues de Walter Ross Ashby et Grey Walter, la souris de Shannon ou le renard électronique d’Albert Ducrocq. Les «Consciences augmentées» peuvent faire perdre pied, certes. Mais on est avec elles en pleine actualité. Le parcours se termine avec «Les arbres et les réseaux», les premiers laissant aujourd’hui leur place aux seconds. Là, j’avoue m’être paumé. Sans doute vaut-il mieux connaître avant d’entrer dans cette section les noms de Kunihiko Fukushima et de Teuvo Kohonen. Des gens à la lointaine origine du Big Data.

Ondes cérébrales

S’il y a beaucoup à lire et à digérer aux murs, l’exposition présente cependant un grand nombre d’œuvres. La plus spectaculaire est de loin «Engram: Data Sculpture» de Refik Anadol. Ce bas-relief mouvant aux tons grisés est en réalité une installation immersive. L’art y rencontre les neurosciences. Anadol est parti des ondes cérébrales de 800 volontaires captées par un encéphalogramme et traduites en 3D par un algorithme. Chaque participant a dû se focaliser sur un souvenir personnel. C’est somptueux à voir. Il paraît que GlassBrain joue là-dedans un rôle important, mais j’ignore ce qu’est Glassbrain. Je n’en suis pas moins resté scotché une bonne dizaine de minutes devant ce qui m’a semblé une création aléatoire. Comme quoi, quand l’art rencontre la science, chacun a le droit à sa propre clef d’interprétation. Il y a un moment où l’œuvre échappe à son créateur.

L’exposition était prévue pour durer jusqu’au 20 avril. Le Centre reste bien entendu fermé. Mais rien ne me semble empêcher ici une prolongation le temps qu’il faudra.

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