Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

BEAU LIVRE/Avec Mauro Minardi, le Paolo Uccello nouveau est arrivé

Crédits: DR

C'est une vedette de la peinture italienne, et par conséquent de l'histoire de l'art. Paolo Uccello (1397-1475) disposait déjà d'une abondante littérature. Il semble loin le temps où l'expert Bernard Berenson s'étonnait en 1932 de n'avoir vu publier aucun livre sur lui. L'actuel pavé de Mauro Minardi (pas tout à fait aussi lourd qu'un «sumo» de Taschen mais presque) se situe à la fin d'une véritable généalogie. Il y a ainsi eu le Georg Pudelko en 1934, le John Pope-Hennessy en 1950, l'Enzo Carli en 1959, l'Alessandro Parronchi en 1974 et je m'arrêterai là. Le terrain semble désormais balisé. Il y passe au milieu une véritable autoroute. 

Il fallait il est vrai mettre tout le monde d'accord, après avoir retracé une biographie quelque peu stable du Florentin. Giorgio Vasari parlait en 1568 d'un artiste excentrique, mort pauvre perdu dans ses rêveries. Passionné par la perceptive, il aurait du coup délaissé les figures les peuplant. Ses personnages auraient eu l'air de poupées, ce qui n'est pas franchement faux. Mais on pourrait dire la même chose de Nicolas Poussin, qui créait avant de peindre son tableau de petites sculptures placées sur une minuscule scène de théâtre.

Le génie et l'autre 

N'empêche que certaines œuvres semblaient indignes du génie d'Uccello! Il y a notamment une série de Vierge à l'Enfant assez faibles, qu'il convenait de retirer du «corpus». Celui-ci a donc considérablement maigri avant qu'on ne restitue à Uccello ces tableaux méconnus se trouvant dans des musées périphériques, de Karlsruhe à Dublin en passant par Newak. Il y a donc eu le grand maître. C'est celui des batailles, des fresques du «cloître vert» de Santa Maria Novella de Florence, du cycle de la cathédrale de Prato ou d'une fresque récemment découverte dans une église de Bologne. Et l'autre. Un autre se situant avec peine dans la moyenne des productions toscanes de l'époque. Domenico Veneziano ou Francesco Pesellino, sur lesquels n'existe aucun livre grand public, ont réalisé bien mieux dans le genre. 

Mauro Minardi admet cette dichotomie. Il se penche sur les archives, qui permettent de montrer à quel point l'artiste disposait d'une belle clientèle. L'historien analyse aussi les rapports d'Uccello avec la sculpture, notamment celle de Donatello. On a beaucoup insisté ces dernières années sur le fait que la statuaire était alors très en avance sur la peinture florentine, même si Uccello n'était que de quatre ans l'aîné de Masaccio. Tout cela occupe beaucoup de texte, assez savant. L'auteur donne tant de détails et de précisions que son ouvrage finit par dégager peu de lignes générales. Un catalogue raisonné à la fin aurait aussi rendu les choses plus claires. Il s'agit en plus d'un bouquin très cher. Cent quarante euros, auxquels il faut ajouter le change et les quarante pour-cent de l'importateur en Suisse. Pour amateurs dépensiers.

Pratique 

«Paolo Uccello», de Mauro Minardi, traduit par Anne Guglielmetti, aux Editions Imprimerie Nationale, diffusion Actes Sud, 384 pages.

Photo (DR): Une des trois batailles, aujouird'hui réparties entre les Offices, le Louvre et la National Gallery de Londres.

Texte intercalaire.

 

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