Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Barcelone se penche sur le sort des fresques romanes catalanes arrachées au XXe siècle

Il y a cent ans ont démarré les campagnes de détachement des oeuvres, conservées dans des églises abandonnées. Que faut-il faire aujourd'hui de ce patrimoine?

Un Pantocrator conservé à Barcelone.

Crédits: Museu Nacional d’Arte de Catulunya, Barcelone 2020.

C’est un anniversaire un peu bizarre. Il se voit en plus célébré avec des mois de retard. Vous avez peut-être visité à Barcelone le Mnac, ou Museu Nacional d’Arte de Catulunya. Une énorme pièce montée, genre gâteau de mariage, qui ressemble au Victoria & Albert de Londres. Vous avez donc vu, présentées comme des décors de théâtre, les fresques romanes provenant de diverses petites églises de cette partie de l’Espagne. Il ne s’agit pas, comme à la Cité de l’architecture et du patrimoine de Paris, de fac-similés exécutés à titre de documentation par une armée de peintres au début du XXe siècle. Ce sont ici les vraies peintures, arrachées à leurs murs d’origine.

Tout a donc commencé en été 1919, comme le rappelle l’actuelle campagne de sensibilisation de Pepe Serra, directeur de l’institution. L’homme entend en effet aujourd’hui attirer l’attention sur les lieux de culte non seulement dépouillés, mais aussi désertés. Il y a donc cent un ans a débarqué à Mur, un hameau, le marchand Ignasi Pollack accompagné d’un restaurateur. Franco Stefanoni était le spécialiste incontesté de ce détachement des fresques que l’on appelle en italien le «strappo». Il avait eu tout le temps de se perfectionner entre 1914 et 1918, comme l’expliquait hier vendredi 7 août Roberta Bosco sur le site d’«Il Giornale dell’arte». Le sauvetage d’urgence était devenu sa spécialité. Ni une, ni deux! Notre homme a enlevé le grand Pantocrator du XIIe siècle. Il y avait un client, le collectionneur Luis Plandiura. Un peu commerçant, ce monsieur! L’œuvre a déménagé deux ans plus tard au musée de Boston, où elle se trouve toujours.

Sensibilisation

Cet essai a cependant donné l’idée aux Catalans de détacher à tour de bras des peintures dans les églises abandonnées. Il s’agissait pour eux de les sauver de la dégradation et du vandalisme. De gigantesques campagnes ont été entreprises jusqu’en 1923, puis de manière sporadique. Il y en a encore eu dans les années 1970. D’où la fantastique collection de Barcelone. Elle pose aujourd’hui qu’on aime tant les polémiques des problèmes. Faut-il ou non remettre ces œuvres dans leur décor d’origine? Cette idée d’authenticité pourrait en effet amener leur disparition. Il n’y aura aucun contrôle possible sur les églises et chapelles, qui se verront de plus très peu visitées. Casse-cou crient donc de nombreux historiens. D’où l’actuelle campagne de sensibilisation, qui concerne des lieux de culte menacés parfois dans leur existence même. Que seront certains murs demain?

L'une des peintures de Cazenoves. Photo DR.

On sait que la France, de l’autre côté de la frontière, ne voit pas la chose du même œil. Elle exige des restitutions en cas d’exportation, souvent illégale. Il n’y a pas de musées de fresques, comme en Espagne ou en Italie. Une affaire concerne la Suisse, et même Genève, de près. C’est celle des fresque de Cazenoves, arrachées en 1954 d’une chapelle en mains privées. Comme par hasard juste avant le classement de l’édifice... Il y a eu des procès pendant des années. Finalement, le MAH genevois, qui avait acquis de bonne foi les œuvres exportées légalement (eh oui!), les rendit à titre de prêt permanent en 1996, puis de don en 2003. La Fondation Abegg de Riggisberg, propriétaire des plus gros morceaux provenant de cet édifice roman, fit de son côté la sourde oreille. Cette entité privée les possède toujours, même si elles ne sont plus exposées au public depuis plusieurs années.

Mais je suis ici depuis longtemps sorti de l’article signé Roberta Bosco….

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