Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Barbara Polla publie un livre sur son aventure de galeriste genevoise, "L'art est une fête".

Médecin, écrivaine, politicienne et mère de famille, la femme a mené tambour battant l'aventure d'Analix Forever. Elle continue aujourd'hui avec "L'herbe entre les pavés".

Barbara Polla en 2017.

Crédits: Steeve Iuncker Gomez, Tribune de Genève.

Attention, boulimique! Depuis que j’ai été à l’école avec elle dans les années 1960, Barbara Polla (qui s’appelait alors Imhoof) me donne le tournis. Cette première de classe s’intéresse aujourd’hui encore à de multiples choses, sautant d’un sujet à l’autre et d’une activité à la suivante. On l’a connue à Harvard, à l’Hôpital Cochin de Paris ou à Art/Basel comme à Berne au Conseil National suisse. Une élue libérale genevoise. Quand je ne la vois pas traîner aujourd’hui une valise pour Paris, c’est que Barbara écrit. Entre deux et trois livres par an, parfois en collaboration. Et ce n’est pas tout, même si elle n’a plus à s’occuper de ses quatre filles, depuis longtemps sorties de leur coquille! La Barbara septuagénaire n’a en rien limité ses appétences et ses appétits.

Le dernier ouvrage de Barbara, qu’a illustré de ses dessins Julien Serve, s’intitule «L’art est une fête». Il s’agit ici de parler de son aventure de galeriste, commencée il y a trente-sept ans avec une idée de derrière la tête. Elle a longtemps mis à se concrétiser. Ce sera dans un vieux laboratoire, qui deviendra Analix. Un lieu qu’une fatale faute de frappe, en Allemagne, transformera un temps dans l’esprit des gens en Anal-X. «Une appellation sulfureuse» selon Barbara, à laquelle la chose ne devait pourtant pas déplaire. J’aurais en effet pu préciser dans mon premier paragraphe qu’on lui doit aussi des ouvrages érotiques.

"Name dropping"

Pourquoi ouvrir une galerie, puis plusieurs autres espaces à Genève (Barbara se trouve aujourd’hui à Chêne-Bourg)? «La réponse est que je ne sais pas.» Une chose sûre, cependant. «Je ne voulais pas une galerie verticale: je voulais de la musique.» D’où ce désir d’ouvrir les lieux voués à toutes sortes d’expérimentations verbales et sonores. Barbara ose. Du coup, elle essaie. Comme elle happe au passage les créateurs qui l’intéressent. Il va ainsi passer du beau monde à Analix, qui deviendra plus tard «Forever». Le livre actuel tient du «name dropping», avec ce que la chose peut avoir d’épuisant pour le lecteur. Comment s’y retrouver au milieu de tous ces noms, parfois inconnus pour lui? Des gens immanquablement merveilleux, avec lesquels la galeriste s’est tout de suite sentie en parfaite communauté d’âmes. Barbara positive à longueur de pages.

Tout n’a pas été cependant toujours facile. L’auteure s’attarde sur ses difficultés financières, toujours résolues in extremis. Elle raconte la fin de son grand espace genevois, revendu à un coiffeur de luxe. Barbara s’était alors repliée sur un espace minuscule, fermé lui-même le 31 décembre 2019, tout en organisant des choses à Paris. Elle s’est depuis, comme je vous l’ai dit, installée en périphérie en tentant de ne pas devenir elle-même périphérique. Son nouvel établissement se nomme du coup «L’herbe entre les pavés». Mais la femme reste une battante, épaulée par un conseiller culturel, un conseiller poétique et une conseillère philosophique. Excusez du peu!

Bouchées doubles

Et puis il lui reste la littérature, avec des ouvrages qui semblent parfois (comme celui-ci) écrits à toute vitesse. Normal. Barbara est une femme pressée, comme il y avait «L’homme pressé» pour Paul Morand. Que voulez-vous? Le temps raccourcit, même quand on se lève avant six heures du matin. Il subsiste d’autres femmes en elle à faire surgir. De quoi donner à la boulimique dont je parlais l’envie de mettre les bouchées doubles.

Pratique

«L’art est une fête», de Barbara Polla, dessins de Julien Serve, aux Editions Slatkine, 236 pages.

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