Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Bandes dessinées. Lausanne va vivre du 12 au 16 septembre son quinzième BDFIL

Le festival mettra en vedette le veveysan Alex Baladi. Comme quoi, on peut devenir prophète en son pays. Autrement, une multitudes d'événements sont attendus cinq jours durant,

L'affiche conçue par Baladi.

Crédits: BDFIL, Lausanne 2019.

Oups! Les choses approchent. «BDFIL» et son équipe doivent piaffer dans leurs «starting blocks». La quinzième édition se déroulera à Lausanne du 12 au 16 septembre. Vous avez sans doute déjà vu son affiche, du reste. Elle est rouge et jaune, comme un drapeau genevois. Un gorille de Baladi s'y fait, si j'ose dire, entendre. Notez que j'ai eu de la peine à conceptualiser la bête. Il me semblait au départ voir un masque, pris dans une sorte de soleil. C'est tout d'un coup que j'ai réalisé qu'il s'agissait là de la crinière du singe...

C'est Baladi qui sera donc l'hôte d'honneur du festival cette année. Le Veveysan, 50 ans cette année, succédera ainsi à Dave McKean ou à Anna Sommer. Le bédéiste fait partie de gens que l'on ne présente plus, si j'en crois le dossier de presse. Je vais donc vous le présenter. L'homme, qui ressemble physiquement un peu au chanteur Renaud, en mieux conservé, a longtemps été actif à Genève. Il «vit et travaille aujourd'hui à Berlin», comme on lit dans de nombreux CV d'artistes contemporains. C'est l'homme de la BD indépendante. Il publie volontiers dans de petites maisons peu commerciales. Voire dans des fanzines. En 2018, il a reçu chez nous le Prix Töpffer grâce à «Décris-Ravage». En janvier dernier, c'était le Prix de la BD alternative à Angoulême pour un dernier travail allant bien avec l'intitulé de cette récompense. Pensez! «Expérimentations».

Du côté des Robinsons suisses

Alex Baladi va donc coiffer le programme de cette quinzième édition. Une édition présentée le 26 juin par son directeur Dominique Radrizzani, à Ceruleum, rue du Port-Franc à Lausanne. Une école d'arts visuels, bien entendu. Située juste au dessus de la galerie Alice Pauli, référence classique s'il en est. Dominique, que j'ai connu à la tête du Musée Jenisch de Vevey, avait fait de cette conférence de presse une sorte de spectacle. Un one-man-show à plusieurs, puisqu'au discours débité à la vitesse d'une mitraillette succédaient diverses productions. On ne peut pas fêter un quinzième anniversaire comme ça, même s'il y en avait eu un dixième auparavant en 2014. C'est en effet en 2005 que Lausanne a pris la place, ou plutôt la relève de Sierre. BD Sierre jetait alors l'éponge au bout de vingt ans. Cela n'a l'air de rien. Mais c'est long, deux décennies.

Lausanne vue par F'loch. Photo BDFIL, Lausanne 2019.

L'invité majuscule a donc choisi le film d'ouverture, puisque BDFIL collabore avec la Cinémathèque suisse. Ce sera «Alice» (1988) du Tchèque Jan Švakmajer au Capitole. Il aura sa rétrospective à l'espace Romandie, une de ses dernière œuvres étant une adaptation déjantée du «Robinson Suisse» du pasteur Johann David Wyss, déjà dépoussiéré par la Vaudoise Isabelle de Montolieu au début du XIXe siècle. Baladi a préféré concevoir des installation plutôt que d'aligner des planches originales. Il ne restera bien sûr pas seul en piste. Outre tout le reste, il y aura ainsi un «Lausanne en BD» à l'Espace Arlaud avec des dessins déjà publiés par Albertine, Cosey ou Zep mais aussi des inédits «réalisés spécialement pour vous.» La Valaisanne Hélène Becquelin sera à l'espace Romandie, comme Baladi et à l'instar de «Destination Lune». Il semblait difficile de faire l'impasse sur l'événement de 1969 même si, à force de célébrations depuis ce printemps, l'exploit aéronautique a maintenant tout d'une vieille lune.

L'aventure d'"A Suivre"

Et autrement? Eh bien, encore à l'Espace Romandie, qui est décidément un vaste endroit, Tif et Tondu opéreront leur retour. Ils ont juste changé de pères. Un coup de chapeau sera rendu au mensuel «A Suivre», lancé par Castermann en 1978. La BD gagnait là en prestige littéraire, tout en opérant un retour très graphique au noir et blanc. L'aventure s'est hélas terminée en 1997. Deux universitaires, Philippe Kaenel et Laura Weber, serviront de commissaires. Je vous ai parlé il y a quelques semaines d'«Ombres» à l'Hermitage, où figure d'ailleurs un album BD dans une vitrine. BDFIL reprendra et développera le sujet pour «Fille de l'ombre». Je citerai pour finir le passage a l'Espace du chat Milton et la présence du Livre d'or de BDFIL depuis 2005.

Il y a a en effet d'autres lieux à détailler. La Grenette donnera un coup de pouce bienvenu au journal satirique romand «Vigousse», qui brille par son absence dans la plupart des kiosques romands. Le mensuel fête ses dix ans. Baladi, toujours lui, a conçu une fresque pour la Kantina du Théâtre de Vidy. L'Espace Arlaud, que j'ai déjà cité, proposera «Derrière les cases de la mission». Il y sera question des missionnaires romands en Afrique Australe, où il ont été présentés plus d'un siècle (1870-1975). Tout ce qui peut ressembler à du colonialisme a aujourd'hui très mauvaise presse. A propos de cette dernière, il faudra aller jusqu'à Morges (à la Maison du dessin de presse, bien entendu!) pour redécouvrir André Paul. Ce classique de l'observation du terroir est mort à 99 ans en 2018. Il aurait donc eu 100 ans cette année.

Langage inclusif

Ils y aura bien sûr à part ça la présence d'innombrables gens de BD connus aux nombreuses rencontres, performances et dédicaces lausannoises. BDFIL parle d'auteurs et d'autrices. Ici, on est dans le langage inclusif à mort, optant pour autrice au lieu de auteure. A quand auteuse? Il faut dire que l'on a assez reproché sa misogynie à la BD! Souvenez-vous des polémiques récurrentes d'Angoulême, le seul festival BD pouvant prétendre surclasser Lausanne en termes d'importance et de fréquentation...

P.S. Baladi est décidément partout. Papiers Gras, en l'Ile, à Genève, lui consacre une exposition qui s'est ouverte le 3 septembre. Elle dure jusqu'au 4 octobre. L'accrochage tourne autour du «Robinson suisse».

Pratique

BDFIL, Divers lieux dans la ville, Lausanne, du 12 au 16 septembre. Site, www.bdfil.ch




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